Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

-------


" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck


mercredi 3 octobre 2012

34 - T'es qui toi ?


— La foi est une relation de confiance qui suppose donc un autre. Une altérité qui se creuse.
— La croyance demeure plus personnelle et individualiste. D'une certaine manière elle se passe de l'autre.


Je réalise que mes croyances sont confortables. Elles résultent de choix délibérés bien plus que d'un consentement à une réalité qui m'échappe, au moins partiellement, et même bien plus que partiellement…

Croire ou ne pas croire en Dieu est une sorte de fausse question. L'autre, Dieu reste toujours l'objet de mon désir.
Au fond de moi, je ne puis que le confesser. Je désire toujours Dieu. (mais lequel ??) J'ai beaucoup fluctué avec ce désir-là, m'en éloignant et le refoulant, faute d'une certitude qu'en lui (le désir) soit Lui (Dieu).
L'objet du désir étant aléatoire, autant renoncer au désir. Comme si, avec Dieu, je craignais de me prendre un râteau ! Mieux vaut alors renoncer au désir ou plutôt le nier, puisqu'en fait IL EST LÀ depuis toujours.
— « Mon âme a soif de toi »
Autrement dit, je demeure dans une sorte de croyance que Dieu ne répondra pas à mes désirs alors que, d'une certaine manière il m'aurait créé et désiré pour y répondre.
Tel était ce que j'analysais en son temps à partir de cette photographie reproduisant une sculpture de la cathédrale de Chartres : « Adam dans la pensée de Dieu ».

Alors quoi ?
Quand vais-je me décider à poser un acte de foi ! C'est-à-dire à faire confiance — donner ma confiance — dire j'ai foi en toi — comme je dis : j'ai foi en l'homme.

Ne suis-je pas prêt à le faire ? Est-ce que je vais rester dans un no man's land inconfortable et dans lequel cependant je suis installé.

*

Évoquer l'idée de : « poser un acte de foi », fait aussitôt faire surgir en moi un concept religieux qui instantanément m'apparaît comme froid. 

La religion me refroidit. Alors que Dieu est buisson ardent.

Poser un acte de confiance :
— je t'aime et j'ai confiance en toi. Alors qu'au fond je ne sais pas qui tu es.

Mais les humain à qui je dis je t'aime, est-ce que je sais pour autant qui ils sont ? 

Je veux dire, la première fois où on dit cela à l'autre avec sincérité, dans un élan du coeur dont on sait bien, dont on ressent qu'il ne se réduit pas à un je m'aime à travers toi, mais qu'il contient un réel mouvement de désir du bien de l'autre, quelque chose pour lui, et pas que pour nous, quand bien même on reçoit la réciprocité dans l'instant ou plus tard… Ou jamais… Cette première fois-là, ce premier je t'aime, on le prononce sans savoir grand-chose de l'autre, si ce n'est rien.
On a au coeur ce jaillissement, cet élan, cette attirance vers lui/elle, comme l'intuition d'une merveilleuse aventure remise entre nos mains avec son corollaire : la pleine liberté de le faire advenir, réussir… Ou pas…

C'est en tout cas ce que j'ai vécu en rencontrant celle qui deviendra mon épouse. L'aventure de cet amour-là.

Mais je l'ai vécu avec d'autres personnes, sous d'autres modalités, sans pouvoir douter de mon désir d'aimer « pour eux » en premier est fondamental. Alors bien sûr, il y a des ratés, des erreurs, des fautes de ma part. J'assume. Mais sans renier le mouvement central du désir du don de soi. Et puis, c'est l'évidence, dans l'aventure d'aimer, il y a soi, et il y a l'autre, avec sa propre liberté, sa manière d'aimer, son histoire, etc.

Mais là, j'évoque le déroulement de l'histoire d'aimer. Et si je reviens aux prémices, on sait alors bien peu de l'autre et tout est à découvrir. Et ce sera ainsi toujours.

Alors avec Dieu ?
Lui dire : — je t'aime et j'ai confiance en toi », sans rien savoir de lui… Mais percevant pourtant que c'est ce qui est à faire, si…
Si quoi ?
Si je désire. Si je LE désire.
Alors viendra le temps de la connaissance.
Peut-on connaitre sans l'audace d'aimer ?

Alors, me revient cette parole de la Bible, qui est l'histoire d'un peuple, d'une collectivité humaine :
Mon âme a soif de toi.

Cette parole qui me rejoint au plus profond et que cependant je refuse de faire mienne. En quelque sorte je refuse de coïncider avec un part de moi-même. C'est-à-dire je refuse Dieu, parce que ma liberté me le permet. Dieu n'a pas la capacité d'imposer, d'obliger, d'exiger.
Je dis cela, parce que j'ai tendance à penser que Dieu a décidé, de toute éternité, qu'il n'avait pas cette possibilité. 
Vrai ou faux ?  — Va savoir ! — De toute façon, c'est ce qui s'est imprimé en moi, dans ma culture, dans ma terre d'appartenance. J'ai baigné dans le judéo-chrétien !Dans l'enfance surtout, à cause de Bernadette Soubirous et de ce lien curieux qui m'unit à elle. (J'en ai parlé dans des textes précédents).

Car si Dieu EST Amour, il ne peut disposer du NON-Amour, sauf à ne plus ÊTRE, sauf à perdre son : « JE SUIS ».
C'est donc par amour qu'il a donné la liberté aux hommes.
Comme le parent veut la liberté de l'enfant devenu adulte :
— va mon enfant. Va vivre ta vie. Ne reste pas dans mes jambes. Va. Ne revient pas sans cesse à la maison quémander toute chose. Va. Pars. Mais mon amour est avec toi pour toujours.

C'est bien cela que j'expérimente avec mon père. Il est mort il y a plus de 20 ans. Et son amour est toujours avec moi. Plus encore sans doute. Et il me semble que dans cette intimité avec lui, par-delà la mort, il ne me demande rien. Quand je réfère à lui, c'est de l'ordre d'une proposition d'être. Car c'est cela qu'il voulait pour moi, je l'ai compris bien après. Il désirait que JE SOIS (moi).


*

Si Dieu est Père, (ce que proclame de Jésus), alors c'est qu'il a un comportement de père, disons de vrai père, normalement constitué. 
Qu'est-ce qui m'a le plus mobilisé dans l'éducation de mes enfants ?
Leur « apprendre à être ». C'est la seule chose que je savais faire. Les éveiller à leur profondeur, leur identité, leur conscience profonde, leur unicité.
Quel ÊTRE allait pousser en elle ? J'ignorais. J'observais et je guidais. —  Enfin… j'essayais…

6 commentaires:

  1. Bonjour Alain,

    j'aime bien la position d'Etty Hillsum, parce que ce n'est pas dieu qui prend soin d'elle (ce qu'on attend d'un dieu protecteur) mais elle qui prend soin de lui, qui alimente de fait la petite flamme qui est en elle et qu'elle appelle Dieu.

    Je dois surement déformer un peu, mais pour elle se réjouir devant un arbre, une feuille, c'est prendre soin de Dieu.

    Comme tu le sais, je suis moi très sensible à la notion de mutualité, à savoir que la rencontre avec dieu est la rencontre de deux désirs (je ne dis pas besoin) mais que dieu a besoin de moi (si je vais très loin, trop ) je pense que si dieu est esprit il n'a a pas de corps et que nous les hommes d'une certaine manière nous lui en donnons un.

    A suivre pour mes élucubrations.

    Prends soin de toi.

    RépondreSupprimer
  2. J'ai lu tout ce qui a été publié sur Etty Hillesum et je n'ai pas compris comme Giboulee qu'Etty prenait soin de Dieu, j'ai compris qu'il y a "quelque chose" en elle, et ce quelque chose, elle l'appelle Dieu.

    J'espère que tu vas bien.
    Bon week-end Alain

    RépondreSupprimer
  3. bonjour ambre neige,

    j'ia lu il y a longtemps un petit livre: 15 pour prier avec E: H.

    Il y a une phrase importante pour moi: "Je vais t'aider à ne pas t'éteindre en moi. Une chose m'apparaît plus claire, ce n'est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t'aider, et ce faisant, nous nous aidons nous même." (p. 175).

    Amicalement

    RépondreSupprimer
  4. le Voyageur06 octobre, 2012


    Je n'ai pas lu Etty Hillesum (cela doit faire parti de mes vraies lacunes, car plus d'une fois elle me fut citée suite à certains de mes propos). Mais c'est toujours dans mes perspectives de lecture… Et votre commentaire croisé m'incite à cette lecture…

    Je pense que toutes rencontres "véritables", celles qui ont une importance majeure pour nous, ne peuvent être que la rencontre de deux désirs. (Et moi non plus je ne dis pas besoin, même s'il y a toujours des besoins en nous à côté ou parallèlement au Désir). Cependant je n'ai pas beaucoup compris ce que tu exprimes par la suite de la phrase de ce dernier paragraphe. Est-ce que tu réfères ou introduis que Dieu est esprit et que le désir est sans corps ? Et l'inverse : que le besoin est uniquement lié au corps ?
    Ce dualisme m'a toujours gêné...

    Dans le christianisme, Dieu ne s'est-il pas donné un corps ?
    Est-ce seulement une sorte d'artifice de communication avec les hommes ?

    Pour moi, ce qu'il y a sans doute de plus passionnant dans le christianisme c'est tout cet aspect mystérieux de : Dieu fait homme vs homme fait Dieu… L'un ? L'autre ? Les deux ?

    RépondreSupprimer
  5. Je crois que si le Verbe s'est fait chair... c'est pour se raprocher des humains ;
    "Dieu" c'est abstrait. On ne s'y retrouve pas mais auprès d'un homme de chair et de sang oui.
    L'homme de Galilée (dont tu parles aujourd'hui) est comme nous (en mille fois mieux! il a quand même une très bonne hérédité!) il a mal, faim, soif, il parle, il souffre, il aime, il appelle même son Dieu sur la croix.

    Est ce qu'il a ri parfois?

    RépondreSupprimer
  6. Ah ben oui !
    J'espère bien qu'il a ri !

    Il n'y a que des ecclésiastiques pour rester sérieux comme un pape !

    RépondreSupprimer

Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas, vous pouvez me l'adresser à : alainxenreve (at) yahoo.fr
Merci.
Je le publierai en votre nom.