Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck


jeudi 7 novembre 2013

59 - "Ceci est mon corps...."


— « Ceci est mon corps »
— « Ceci est mon sang de l'alliance »


Ce sont là des paroles « centrales » de Jésus. Je m'y suis souvent arrêté, pour essayer d'en comprendre le sens profond — pour moi.
Certes, on peut lire des milliers de pages qui ont été écrites sur l'eucharistie
puisque c'est de cela qu'il s'agit dans la religion. On peut avoir avalé des milliers d'hosties, et/où, plus rarement, bu quelques  décilitres de vin consacré… c'est pas forcément pour autant qu'on aura pigé ce qu'on s'est mis dans le corps...

Le corps, mon corps, c'est là où tout de moi « EST ».
Comme amant, je peux dire « ceci est mon corps pour toi ». Le don est forcément total. À moins que l'on soit capable de se diviser en rondelles, et, dans l'acte sexuel,  sectoriser son corps, en retenir une partie, proclamant : « ceci est ma bite pour toi, le reste je me le garde.. »… (Pardon d'être trivial… Mais appelons les choses par leur nom…).

Je ne suis pas historien, loin de là, mais je me demande pourquoi les chrétiens ont pu en arriver (assez rapidement semble-t-il) à opposer le corps et l'esprit, à séparer la chair de la pensée, et d'autres choses du genre, rejoignant d'ailleurs les "paiens grecs" qui l'affirmaient aussi. La science moderne met à mal cette conception, même si elle tombe dans des travers où tout ne serait que molécules… 
Il paraît même que « la chair est faible » et véhicule le péché, tandis que « l'esprit » est pur et sans tache.
Foutaise !

L'homme est tout entier corps et chair, en même temps qu'il est tout entier esprit. L'un et l'autre sont inséparables. 
J'ai rompu avec toute religion, en raison des déviances inadmissibles constatées, mais tout n'est évidemment pas à rejeter.
Je me souviens notamment de cette phrase du prêtre à la messe :
«Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance … » L'eau, mêlée au vin, on ne peut plus séparer l'un de l'autre. C'est cela surtout que je retiens.
Pour les orientaux cette symbolique signifie les deux natures du Christ, l’eau de son humanité étant jointe au vin de sa divinité. Admettons… 
Mais, au bout du symbole, cela veut dire que ces deux nature… N'en font qu'une seule…
Avoir "deux natures" c'est un concept pour se tripoter le neurone.
Discussion savante ?
Sans doute, si on ne réfère pas à sa propre expérience.

Imaginons un homme de Galilée, ayant porté au sommet la réussite de son humanisation corporée autant que spirituelle. Imaginons qu'un homme (moi, par exemple…) désire s'engager sur ce chemin-là, de le mener le plus loin qu'il lui soit possible, malgré ses errances, ses retours arrière, ses reniements, mais aussi ses lumières et ses phares dans la nuit. Pourquoi ce chemin-là ? Parce qu'à cet homme-là, cela a fini par lui apparaître comme « le meilleur », susceptible de lui apporter un bonheur que le monde factice qui l'entoure est totalement incapable de lui procurer…

Dans mon corps, qui a gardé la trace de toute mon histoire, et même qui porte celle des générations antérieures, (et de cela il est impossible de s'extraire), il y a, intimement mêlée à celui-ci de manière permanente, une aptitude à m'orienter vers le « bien supérieur », autant qu'une aptitude à l'inverse, c'est-à-dire à me « réduire » à une sorte de régression primitive par une vie instinctuelle au gré des sollicitations attractives de l'extériorité et des plaisirs qui passent. 
On appelle ça la liberté.
Mais, c'est « inscrit » dans mon corps. Pas dans "une pensée", encore moins dans des préceptes moraux. C'est inscrit dans ma conscience corporée, puisque je la ressens physiquement, puisqu'elle me livre ses signes dans mon corps. Peut-être ai-je la chance d'avoir une présence forte à celui-ci en raison de mon parcours de vie et des séquelles de mes accidents de santé qui m'obligent à une constante présence à ce corps, heure après heure, comme un veilleur permanent, comme dans le temps on guettait le lait sur le feu. 
Peut-être qu'ayant pratiqué "la méditations corporelle" depuis plus de 40, j'ai appris à tout recevoir du corps. 

Le don de soi tient toujours du corps (je ne parle pas ici uniquement de la vie amoureuse). On peut élaborer une pensée, développer une théorie, spéculer sur tout et son contraire, discuter à n'en plus finir… On n'a pas encore fait un quelconque don de soi dans ce cas-là… On a brassé de la pensée. C'est intéressant, mais c'est autre chose…
Le don de soi tient toujours du corps (et peut-être que les femmes savent cela plus que les hommes….)

Si j'en reviens à Jésus, il n'est jamais principalement dans la discussion théorique. Il est dans l'acte. L'acte du corps. Le geste. Il fait don de lui, et ceux qui comprennent ça ne sont jamais les « savants du moment » qui justement se font remonter les bretelles de… Ne rien comprendre ! vu qu'ils spéculent et spéculent encore sur du papier et encore du papier, éternels gloseurs… ou pratiquent comme des zombies des rituels et encore des rituels, codifiés en milliers de pages… Pensez bien qu'ils sont bien trop occupés à tout ça, toute la journée, pour aimer d'un amour de don de soi…

« Ceci est mon corps »
c'est-à-dire vous aurez tout de moi. Jusqu'à mon corps mort.
Il pousse le bouchon jusqu'à dire qu'après la mort il n'y aura pas une vie « en esprit » mais une résurrection des corps… (Ok, faut être con pour y  croire, et je suis con… Mais enfin, c'est ce qu'il dit…)
Je me demande si on mesure l'extraordinaire puissance d'une telle éventualité, dans un monde où la valeur de la pensée prime sur tout le reste. Le corps n'étant qu'une sorte d'objet de soins externes, plus ou moins voué au culte de l'apparence ou à la performance pour la performance. (sports, exploits sportifs, maquillage et crème à tartiner, faux seins, et autres sculptures du corps bodybuldé et tatoué). 

Si quelque chose doit survivre, (on sais jamais, imaginons…) c'est clair pour beaucoup que c'est l'esprit, la pensée, le vaporeux, le virtuel, l'inconnaissable, l'ineffable qui flotte sans doute dans les nuages.
Mais les corps ! Sûrement pas !
Sans doute que l'âme, ce truc bizarroïde, impalpable, que personne n'a jamais vu (pas plus que Dieu d'ailleurs…), nous sortira par les narines avec notre dernier souffle, s'envolera comme une fumerolle, genre feu follet, vers…
Vers quoi, au fait ?…

(À suive… J'arrête là pour aujourd'hui…)

2 commentaires:

  1. Quel texte ...Au fond tu as tout à fait raison ... Cela ne peut-être qu'une résurrection dans la totalité de l'être humain. Pourquoi rien que l'esprit qui est dans le "je pense donc je suis", l'âme (qui est encore autre chose) et pas le corps cette merveille de la création qui voit, regarde, touche, parle, dit écoute , entend etc et permet tous les passages à l'acte à partir de l'esprit ?
    Naturellement ce qui gêne l'église catholique depuis la nuit des temps c'est le passage à l'acte sexuel ! Il y a là un terrain qui aurait besoin d'être retourné pour tenter de comprendre le pourquoi et comment elle en est arrivée là. Il y en a pour des annéééééééééééééééés de travail !
    Quand j'étais enfant, la consécration était le moment magique où le vin était changé en sang et l'hostie, le pain en corps de Christ . Il y avait un silence de mort dans le son des cloches. Pas le droit de tousser, de se moucher . Il fallait baisser la tête et la relever au bon moment ( quand le prêtre brandissait l'hostie)
    en disant tout bas" mon Seigneur et mon Dieu" Je ne voulais pas être comme saint Thomas qui lui avait douté et qui avait du mettre ses doigts dans les plaies du Christ ressuscité !
    Je suis actuellement toujours très mal à l'aise à ce moment de la messe car en fait rien n'a tellement changé dans les gestes rituels ...c'est ma foi qui n'est plus là. Je suis devenue une sainte! tomate! D'ailleurs à la communion quand on me présente l'hostie en me disant le corps de Christ je ne sais pas répondre "Amen".Je préfère, je crois participer à une communion ou être en communion avec les autres humains . C'est d'ailleurs pour cela que je vais à la messe pour être en communion avec d'autres humains. Il y a sans doute quelque chose en plus que je ne sais définir parce que on peut être aussi en communion avec d'autres humains dans d'autres genre de réunions et pas besoin d'aller à l'église pour cela.Je vais encore réfléchir à ton texte ou plutôt laisser aller mon coeur vagabonder au milieu de toutes ses questions sans réponse...Je ne demanderais pas mieux que d'aimer le Christ comme une folle ! mais justement ce qui manque c'est son corps que je peux pas toucher, embrasser...Je ne comprends rien aux grandes mystiques comme thérèse d'Avila ... Bcp de psy les considèrent comme des hystériques.
    Qu'est ce que tu entends par "médition corporelle" tu veux dire méditation ?

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  2. Je n'ai pas de très bons souvenirs des "communions" dans mon enfance (voir mon billet N°5)
    encore moins des messes etc..... (j'ai développé tout ça dans mes premiers billets)
    Aujourd'hui, comme je ne fréquence plus ces lieux depuis pas mal d'années... je constate que ce rite ne me manque pas....
    Pour ce qui est de communier avec d'autres humains, j'ai ce qu'il me faut !
    Mais il y a quelque chose "de plus" pour les chrétiens qui ont la foi... (oui, parce que faut distinguer... ceux qui ont la foi et ceux qui ont des croyances....). ce qu'ils appellent le" Corps mystique". Une forme d'union "nouvelle"....
    C'est cela qui fait une différence ... normalement... de taille !!
    donc bonne poursuite de ta réflexion... et merci de ce partage d'expérience.

    Oui médiTAtion.... j'ai corrigé le mot. Merci !

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