Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck


mardi 28 février 2017

98 - Le Libérateur asservi (partie 1)


1. - Le constat de la religion chrétienne.

la religion intellectualise et conceptualise le divin.
Elle le décline en théories diversifiées, parfois contradictoires, et sujet à querelles théologiques.
Chacun cherche naturellement à faire prévaloir sa position intellectuelle et la pertinence de son raisonnement élaboré, affiné, construit, circonstancié, démontré à coup de :  « donc… » - « il en résulte que… »  - « on peut en déduire sans se tromper que… » - « il est ainsi démontré… » Etc.Etc. Bref, en matière de spiritualité, de mysticisme , des subtilités du Vivre,  on est dans le « CQFD »…  emballé c'est pesé !

Cette griserie intellectuelle procure des satisfactions du mental puissantes et intentes. Elle peut occuper une vie entière, du soir au matin et du matin au soir. On devient ainsi un « savant de Dieu », appelé aussi « théologien ». En comparant, compilant, structurant, démontrant, raisonnant, au fil des années des siècles, on sait désormais parfaitement « ce qu'il en est de Dieu ». Une si longue réflexion menée sur plusieurs siècles ne peut qu'établir les vérités définitives sur le sujet.

En conséquence de la conceptualisation du divin, une religion doit décliner un certain nombre de pratiques que tout un chacun se doit de respecter : 
Dogmes, credos, obligations cultuelles,  règles de conduite et de comportement, listes d'interdits,  réglementations de toutes sortes. 
Pour veiller à la bonne application de ces principes, préceptes et obligations, il est nécessaire d'installer une hiérarchie pyramidale et dirigeante. À défaut ce serait la débandade…

Ce système hiérarchique génère des procédures chargées d'établir et de veiller au respect de l'ensemble défini et immuable (la Tradition) : grosso modo il s'agira de process dualistes : autoriser/interdire ; récompenser/sanctionner ; inclure/exclure ; juger/pardonner ; condamner/porter au pinacle ; sacré/vulgaire ; prêtres/laïcs ; décideurs/exécutants ; commandement/soumission  ; hommes -qui-commandent/femmes-obéissantes;  etc.

Lorsqu'une religion existe depuis des siècles elle multiplie à l'envie l'ensemble de ses process, au point qu'une poule n'y reconnaîtrait plus ses poussins… Ainsi fleurissent des théologies multiples, contradictoires entre-elles, sur chaque point précis des concepts religieux savamment élaborés, et généralement défendus bec et ongles à la fois par les adeptes du principe considéré, et tout aussi bec et ongles par les opposants…
Cela se termine par un rapport de force où  l'autorité supérieure tranche, le plus souvent pour des raisons obscures et impalpables que l'on appelle « motions de l'Esprit Saint ».
Une fois que l'on a tranché dans le vif, on se sépare. Cela s'appelle un schisme.
Ainsi de cette longue liste des « hérésies » qui ont fait l'objet de querelles au fil des siècles. Pour les résoudre on s’est  entretué, torturé, étripé, supplicié, brûlé vif, et autres raffinements sanglants dont les hommes ont le secret.
À titre purement indicatif et non exhaustif, voici quelques hérésies de la religion chrétienne (catholicisme en particulier = considéré comme « la vraie religion ») qui furent combattues et châtiées comme il se devait  :

 Arianisme ; Gnoticisme ; Marcionisme ; Novatianisme ; Ebionites ; Cyrénaïques ; Donatisme ; Artotyrites ; Macédonianisme ; Nestorianisme ; Monophysisme ; Monoénergisme ; Pélagianisme ; Premier iconoclasme ;  Deuxième iconoclasme ; Schisme photien ; Filioque ;Tétragamie ; Schisme de 1054 ; Athinganes ; Néomessalianisme ; Phoundagiagites ; Paulicianisme ; Bobomiles ; Adoptianisme ; Schisme d’Aquilée ;  Prédestinationisme ; Dulcinistes ; Catharisme Etc. Etc.


2. - Jésus a-t-il voulu « tout cela » ?

* La chrétienté a toujours affirmé qu’elle agissait « en Son Nom ». Convaincue de faire « la Volonté du Seigneur » (en tout cas elle fit celle du saigneur….), et « celle de Dieu ».

* Jésus a très fréquemment fustigé la religion de son temps. Il a critiqué toute l'hypocrisie religieuse dont il était témoin. Ceux qui connaissent un peu l'Évangile, n'ont pas manqué de lire les propos sympathiques qu'il a l'égard des scribes et les pharisiens (les curés et théologiens de l'époque…) :

« (…) Faites donc et observez tout ce qu'ils vous disent ; mais n'agissez pas selon leurs oeuvres. Car ils disent, et ne font pas. Ils lient des fardeaux pesants, et les mettent sur les épaules des hommes, mais ils ne veulent pas les remuer du doigts. Ils font toutes leurs actions pour être vus des hommes.  (….) ils aiment la première place dans les festins, et les premiers sièges dans les synagogues ; ils aiment à être salués dans les places publiques, (…)   (…) Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! parce que vous ressemblez à des sépulcres blanchis, qui paraissent beaux au dehors, et qui, au dedans, sont pleins d'ossements de morts et de toute espèce d'impuretés. (…) vous paraissez justes aux hommes, mais, au dedans, vous êtes pleins d'hypocrisie et d'iniquité. (…) Serpents, race de vipères ! (…)



* Sa vie, son œuvre, ses propos, démontrent à l'évidence qu'il n'a jamais désiré quoi que ce soit qui ressemble à la religion chrétienne telle qu'on la connaît. Prétendre le contraire relèverait de l'hypocrisie qu'il dénonçait lui-même.

* Dans l'épisode passionnant appelé « de la Samaritaine », il précise que le lieu de la rencontre, n'est pas un temple une église ou un quelconque bâtiment sacré, mais qu'on le retrouve « en esprit et en vérité », c'est-à-dire au fond de soi-même, Là où est le Royaume. J’ai développé tout cela dans plusieurs billets. Notamment les  - 79 -  ; - 80 - ; - 81 - ;  - 82 - 

Autrement dit, il s'agit d'une aventure intérieure. Elle est à la fois très personnelle, est en même temps communautaire. Pour cela Jésus a rassemblé autour de lui des hommes et des femmes que l'on appelle « disciples et/ou apôtres ». parce que, historiquement, c'est lui qui est l'origine et qui enseigne en premier, quelque chose qui inaugure une nouveauté, que l'on ne peut découvrir que « de l'intérieur ». Le mot enseignement peut être piégé dans la mesure où il s’agirait d'apprendre des leçons comme à l'école. L'enseignement consiste à susciter l'intériorité de l'autre, à favoriser une sorte d'éveil par le dedans.

C'est ce qui s'est passé dans les premiers temps. Des communautés ont partagé et entretenu la mémoire de cet homme après son départ.
Il en est souvent ainsi dans nos existences. Pour ma part, j'ai eu le sentiment de commencer à connaître mon père « par le dedans » bien des années après son décès ; par des échanges avec ceux qui l'ont connu, par ses traces écrites, par mes souvenirs revisités, j'ai découvert la puissance et l'intensité de son amour. Rien de véritablement très extraordinaire, mais tout cela je ne l'avais pas vu.

Et puis… l'homme étant ce qu'il est, avec son goût du pouvoir, d'être le chef, on a commencé à se quereller, se diviser. Totalement l'inverse de ce que Jésus attendait : être serviteur. Ils ont oublié l'engueulade et le savon qu'il leur avait passé quand trois ou quatre  d'entre eux avaient demandé lequel était le meilleur, le plus grand… Alors on embraya sur  les querelles intestines entre Paul, Barnabé, et d'autres… Et puis un jour, cerise sur le gâteau, un Empereur romain (Constantin)  s'est converti et on a installé une religion d'État !… Qui demeure encore dans bien des pays sur la planète… Bref ! C'était le début du commencement de la fin… on voit où on en est aujourd’hui avec un État pontifical : le Vatican, ses grenouillages, ses réseaux souterrains, sa diplomatie secrète, son silence sous Hitler, ses compromissions avec la mafia, le sandale de la Banque du Vatican, ses prélats millionnaires qui sont censés vivre « dans la pauvreté », etc. etc. 
OK, il y a aussi tout un staff d’organismes caritatifs et de bienfaisance, qui sont toujours prêts à aider du moment que l'on accepte les « bonnes paroles » et quelques pratiques religieuses. (telle la prière, par exemple). Chaque bon(ne) chrétien(ne) a « ses pauvres » à s'occuper, dans un paternalisme religieux bien compris. Il paraît que c'est une bonne manière de « gagner son ciel ».

Et il y a aussi des « hommes et femmes de bonne volonté » qui ont l’espoir d’un changement et oeuvrent à celui-ci en interne. Force est cependant de constater que depuis des décennies, ces tentatives de renouvellement par l’interne n’obtiennent que de piètres résultats. J'admire ces persévérants qui ne désespèrent pas de réussir à percer le mur épais et haut de la « Tradition » avec la pointe d'une épingle à nourrice…



À suivre… items à venir :
3. — Qu'est-ce que Jésus voulait ?
4. —  Pourquoi le message de Jésus est-il entravé par une religion ?
5. — Pourquoi tant de personnes semblent avoir besoin d'une religion ? 


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lundi 20 février 2017

97 - Laisse tomber les morts !

Ils étaient un certain nombre, ceux qui avait été séduits par ce type, dont on peut aisément imaginer qu'il avait un charisme fort comme on dirait aujourd'hui. Il surprenait, attirait, n'avait pas le discours stéréotypé de tous les autres, scribes, pharisiens, docteurs de la loi, et autres savants de l'intelligentsia religieuse.

Ils étaient un certain nombre à manifester le désir de le suivre. Pour faire quoi ? Pour vivre quoi ? Au fond il ne savait pas très bien. C'était une aventure nouvelle. Ce type, venu d'on ne c'est où, un village paumé, fils d'ouvrier, pas vraiment bardés de diplômes religieux, voici qu'il avait des paroles qui donnaient le goût intérieur d'une transformation… laquelle ? On ne savait pas encore… mais au fond, ça semblait valoir la peine de le suivre… au moins pour voir…

Un maître de la loi (c'était pas rien: un spécialiste de de la loi de chez spécialiste) déclare :
—  « Maître je te suivrai  partout où tu iras ». 
Diable ! quelle envolée… ! 
Jésus, dans une formule imagée, semble lui répondre : tu ne sais pas de quoi tu parles, ni ce qui t'attend, si tu me suis ! Dans le texte juste après, il y a :

Un de ses disciples, lui dit : « Maître, permets-moi d'aller d'abord enterrer mon père. » Jésus lui répondit : « Suis-moi et laisse les morts enterrer leurs morts. »

Gloups ! Cela semble rude. C'est quand même l'enterrement de son père, au gars.
Il y a quand même un minimum de respect à avoir envers les morts. Ce type Jésus est vraiment bizarre !

Pour ma part, je pense que tous ces petits faits relatés, qui ont été ramassés, compilés, ne sont pas des petites histoires anecdotiques, mais des épisodes pour nous faire réfléchir, pour me faire réfléchir aujourd'hui au « comment je les entends ».

Plus d'une fois j'ai constaté dans mon existence, combien j'ai eu à côtoyer des personnes qui transportaient en elles une mort contagieuse et tentaient de  la transmettre autour à d’autres. Je ne parle pas ici des contaminations bactériennes, virales ou microbiennes comme la grippe ou autre saloperie… évidemment.
Encore que… ça peut y ressembler quelque part.
Je parlerai plutôt ici d'une sorte de « mort intérieure », parfois volontairement cultivée, les dégoûtés de vivre, pessimismes permanents, la critique systématique de tout ce qui apparaîtrait comme « pouvant aller vers un mieux », le doute sur tout, à commencer par le doute sur eux-mêmes et sa propre valeur,  « l’à-peu-près-isme », le découragement, la force d'inertie, la déstabilisation d'autrui, le narcissisme, la perversion, l’égocentrisme, le chacun pour soi, etc. etc. la liste pourrait très longues…

il me semble que chacun a sa part de mort intérieure. Moi j'ai la mienne. Je le sais. Elle tente parfois de me déstabiliser, elle y arrive temporairement. Le signal est la tristesse intérieure, le repliement, la procrastination, la critique de tout et son contraire, où la violence gratuite.

C’est ainsi que je comprends la parole de Jésus :
« Suis-moi »… c'est-à-dire fait le choix de la vie véritable, qui te fera découvrir le Royaume et le bonheur intérieur.
« Laisse les morts enterrer les morts… » , c'est-à-dire laisse tomber ceux qui n'ont qu'un seul désir : te précipiter avec eux dans le malheur, qui, paraît-il, est la seule issue dans ce monde dégueulasse et de pourriture… Rejoins donc les déclinistes de tous bords qui te promettent le chaos dès demain matin… Commence à désespérer la terre entière, et tu auras le malheur éternel !

Je sais pas vous, mais moi je préfère avoir comme maître Jésus, qui m'ouvre les portes du Royaume, m'invite à y entrer pour y donner le meilleur de moi-même à autrui, à la mesure que je pourrais, malgré mes erreurs, mes défaillances, les gestes sans amour, 
mais aussi,
m'offre la possibilité d'un certain don de soi, de générosité, d’amour des autres, de donner sans compter, de tenter de vivre de mes dynamismes fondamentaux et positifs qui ne demandent qu'à jaillir du fond de moi-même, pour peu que que j'y crois, pour peu que je cesse de dévaloriser tout et son contraire…

Les invitations de Jésus ont souvent quelque chose de radical. Dans le même temps, elles sont empreintes de la douceur et de la patience de celui qui cultive un amour vrai de son disciple.

Bien sûr il faut accepter de croire que l'on est aimé d’un certain divin.