Seuls existent les commencements,
les aurores nouvelles,
qui nous tirent de nos nuits.
Être toujours voyageur de l'Aube.

vendredi 10 janvier 2020

110 — À qui irions-nous ?




Note préliminaire :

Curieux ! Il a fallu que je rédige le billet précédent (et bien entendu qu'il y ait vos commentaires) pour que me viennent de nouvelles inspirations d'écriture sur la thématique de ce blog.


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Ce n'est pas ce qui manque des gens qui sont dans la panade. Un peu ou beaucoup perdus. Ne voyant plus très clair sur ce qu'il faudrait faire, ou pas. Comment voir clair, choisir, s'engager ou se retirer, changer de cap ou poursuivre.
Évidemment je ne m'exclus pas. La panade j'ai connu. Même si c'est moins qu'à certaines époques de ma vie, le brouillard se fait parfois épais. Ne plus voir clair entraîne facilement le découragement quand ce n'est pas la désespérance.

Si on n'a pas le corps et l'esprit trop tordu on se demande qui pourrait bien nous aider. Vers qui pourrions-nous aller. Parfois on trouve. Parfois non. Parfois on trouve la bonne personne, mais on n'écoute pas vraiment. Après tout je fais ce que je veux ! C'est bien connu : les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Autant rester dans le marasme.

Et puis arrive l'expérience de « la rencontre » de celui/celle en qui on se met à faire confiance sans trop savoir pourquoi, parce que la confiance n'est pas la résultante d'un raisonnement intellectuel ou mathématique. Ce n'est pas un CQFD. C'est de l'ordre de l'impalpable, de l'intuition fine, la certitude que c'est vraiment la bonne personne et en même temps une forme de doute que l'on pourrait peut-être se tromper.
Alors on expérimente « en vrai ». Jusqu'à découvrir que c'est « le maître » que l'on cherchait sans trop savoir. Mais maintenant on sait. C'est lui/c'est elle.

Il y a bien des années j'ai découvert mon « maître à vivre ». Je suis entré dans la confiance, parce que j'ai reçu des lumières éclairantes comme jamais je n'en avais eues. Il montrait un chemin de libération accessible, non sans efforts, mais accessible. Je n'étais pas le seul à être à son écoute. Il n'y avait pas des foules. Un petit groupe, qui s'agrandissait peu à peu. J'ai constaté, comme souvent dans les groupes, l'apparition des contre leaders. Un en particulier. C'était un homme de valeur. Pas un contredépendant. Il pensait sincèrement que la route devait être un peu plus au nord-ouest, ou au nord-est, qu'importe. Mon « maître à vivre » indiquait clairement qu'il convenait de marcher plein nord.
Certains sont partis avec l'homme du  nord-ouest. Pour ma part, je suis resté, d'autres aussi. J'aurais pu suivre , car à l'époque j'avais pas mal d'attirance pour les contres leaders. Mon côté rebelle et baroudeur m'y poussait facilement. Il y avait plus d'attrait à être marginal que suiveur aveugle.

Entre la griserie d'une forme de transgression et l'écoute intérieure des intuitions profondes (que je n'appelais pas encore ainsi) il fallait choisir. Mais ai-je choisi ? J'ai plutôt cédé à une sorte d'évidence intérieure  que mon maître demeurerait celui-là.
Parce que… parce que… parce que c'était lui et pas un autre qu'il me fallait choisir en tant que disciple volontaire, raisonné et actif.
Pas un seul jour de mon existence je n'ai regretté mon choix. Bien au contraire.

Le titre du billet évoque un passage de l'Évangile de Jean (6,60 – 69). Il est aussi question d'un moment assez crucial. Jésus parle de manger sa chair et boire son sang pour avoir la vie éternelle !. Comme on dirait aujourd'hui : « franchement, il est grave le mec ! Il y a intérêt à se tirer fissa ! ». Ce qu'un certain nombre de disciples de l'époque firent.
Jésus s'adressa aux fidèles du premier cercle : et vous ? Vous comptez vous barrer aussi ?
Simon Pierre lui répondit : « Seigneur à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle… »
Pourtant, ces gars-là, qui étaient des petits patrons pêcheurs, fallait sûrement pas leur en raconter ! Et surtout pas des trucs incompréhensibles comme certains propos de Jésus.
Mais voilà : ils ont cette évidence intérieure : on reste avec lui !
Entêtement ? Désarroi ?( « À qui irions-nous ? »). Paumés pendant un moment ?

Pourquoi pas ! Peut-être bien même ! Mais il y a le réflexe intérieur, quelque chose qui est en nous et qui nous vient d'ailleurs. De ces certitudes viscérales. Des machins comme : c'est pas possible qu'il en soit autrement !

Comme dans la chanson de ma jeunesse, les rois mages ! « Où tu iras j'irai, fidèle comme une ombre, jusqu'à destination ».
Soit ils sont visionnaires, soit ils sont barjots. Soit ils sont les deux.
Ça doit être pour ça que qu'ils me plaisent les mecs et les nanas qui suivaient Jésus…
j'y reviendrai à cet entourage indispensable, sans qui Jésus… ne serait pas devenu et demeuré Jésus…

12 commentaires:

  1. Je me suis régalée avec la lecture de ton billet...
    J'ai fait le même choix que toi il y a une vingtaine d'années puis ma route a subi tellement de virages à 90 degrés que j'ai fait comme Pierre, non pire, j'ai rejeté mon maître à penser. Je ne voulais plus en entendre parler. Et curieusement, au détour d'une porte, c'est Lui qui m'attendait. Il était venu me rechercher. J'ai rigolé. Depuis je ne Le quitte plus mais comme tu le dis, après des éclaircies superbes et totalement extra-ordinaires, il y a encore régulièrement des brouillards épais et de la panade. Je ne Lui lâche pas la main, de toute façon je n'ai nulle part ailleurs où aller ni personne vers qui me tourner.

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    1. En fait il est toujours là, discret. Si on l'oublie, lui, il pense toujours à nous. Il attend que l'on revienne, ou qu'une circonstance nous ramène.
      Finalement, aimer l'autre sans condition préalable, ça doit être un peu ça.
      Je crois qu'un jour « on ne le quitte plus ». D'ailleurs, c'est ce dont tu témoignes.
      Merci beaucoup pour ce partage vivant.

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  2. Il y a tellement de manières de trouver son Maître... trouver ou choisir cet indicible ? celui-ci ou un autre ! de rejoindre sa route, son sentier, son ciel ! Celui dont tu parles, et que je connais aussi car il permet de trouver son chemin et sa clarté, quand les jours sont incertains, que les interrogations étirent nos nuits... quand la sente est bourbeuse, herbue, moussue, rocailleuse, rapide. trop étroite et qu'elle s'insinue dans la sombre forêt ... où aller ? à qui parler ?
    et lui accorde la si douce aide, sa main qui rassure, et la lumière "éclairante" !!!
    merci Alain.

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    1. C'est très beau ce que tu dis. Avec ton style poétique, c'est très parlant. Très juste.
      Je n'ai rien à ajouter, si ce n'est moi aussi, un merci.
      À bientôt

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  3. Quand le prisonnier solitaire dans sa prison solitaire entend au loin tinter des clés, une joie immense l'envahit. Il est toujours dans sa prison mais tout a changé parce qu'il sait qu'il sera libéré ! je reconnais l'expérience que tu as vécue et c'est la description que moi j'en fait. kéa

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    1. Elle me plaît bien ta métaphore ! C'est tout à fait cela. Lorsque j'ai rencontré celui que j'appelle mon « maître à vivre » c'est vraiment bien cela que j'ai entendu : tinter des clés de ma libération. Il y eut quelque chose d'instantané. Je ne l'ai pas vraiment compris sur le moment bien entendu, mais il y eut en moi quelque chose du genre : « mais oui ! C'est ça que je cherchais depuis si longtemps ! ». J'y croyais, sans encore oser trop y croire vraiment. Mais cette jubilation intérieure elle venait bien de me traverser…
      La porte à ouvrir était celle de mon être profond, de ma « terre intérieure », cette expression qui m'est si chère et parlante. Je ne savais pas encore que j'allais basculer dans cet « autre monde »
      Merci pour ce commentaire lumineux.

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  4. J'ai eu 3 maîtres que j'ai adoré: une Trinité . Dieu le père en mon propre père et un père missionnaire qui m'ont beaucoup appris et qui ont crus en moi. Dieu le fils incarné en Jésus à qui je me confie à peu près tous les jours et que j'engueule aussi parfois parce que j'aimerais qu'il fasse bouger les choses ici sur terre où il y a tant de problèmes et de tristesses. Et enfin Dieu le saint Esprit incarné en psychanalyste bienveillant et écoutant. Grâce à lui j'ai connu une nouvelle naissance.

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    1. C'est fort ce que tu dis ! J'aime beaucoup, parce que c'est « incarné ».
      N'engueule pas trop Jésus ! Parce qu'il a fait le job ! Il a laissé tous les modes d'emploi et manières d'être dont on a besoin. Il a fait bouger les choses, et y a laissé sa peau, parce qu'au final, nous préférons tellement l'immobilisme !
      La balle est dans notre camp, depuis maintenant plus de 20 siècles…

      On voit bien ça dans l'actualité… il faudrait tout améliorer et changer ! À condition que l'on ne touche à rien, et surtout pas à tout ce qu'on croit immuable pour notre bien-être personnel.

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  5. Tu écris : "il y a le réflexe intérieur, quelque chose qui est en nous et qui nous vient d'ailleurs. De ces certitudes viscérales. Des machins comme : c'est pas possible qu'il en soit autrement !"
    Et il est vrai que pour moi il s'agit de "certitudes viscérales", c'est-à-dire qui touchent le corps bien avant d'être éventuellement intellectualisées. Je disais à un ami médecin (en soins palliatifs) que pour moi la foi est une affaire de corps et que j'aurai du mal à le lui expliquer. Ça prend aux tripes, ça peut faire mal à l'estomac ou au dos (j'en ai plein le dos!)... ça se joue dans la chair, une faiblesse charnelle et qui mystérieusement pousse du côté de la vie ! Je croyis que mon ami ne me comprendrais pas... mais il a tout compris !

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    1. Voilà, c'est cela : ça concerne le corps en premier. La foi c'est viscéral. Si les tripes ne sont pas prises, rien ne pourra s'accomplir vraiment. J'aime beaucoup toutes ces expressions dites populaires qui expriment cela parfaitement : ça me prend aux tripes, j'en ai plein le dos, cet homme/cette femme je l'ai dans la peau, la chair de ma chair, digérer une nouvelle, etc.
      Si on parle « d'incarnation » c'est de cela dont on parle.
      Je me souviens en classe cette histoire du « pari de Pascal ». Je trouvais cela complètement idiot… mais bon… pas question d'exprimer de telles choses à l'époque chez les Frères des écoles chrétiennes ! Aujourd'hui on dirait plutôt « ce truc-là, ça prend la tête ! ».
      L'intelligence peut aussi servir à ne pas tout intellectualiser !

      Ton ami médecin est un bon médecin et un bon ami ! Là aussi les choses avancent doucement dans la prise en compte de la globalité de la personne et non pas seulement le regard sur un seul organe malade qu'il faut réparer comme on changerait une pièce de bagnole. Et aussi les recherches sur ce deuxième cerveau que seraient nos intestins… les 200 millions de neurones du tube digestif, identique à ceux de notre cerveau. Le microbiote intestinal, siège de nos émotions.
      Quand la médecine scientifique reconnaît la valeur de la sagesse populaire… on progresse…mais ce serait un autre sujet.
      Merci beaucoup de ton passage chez moi toujours apprécié.

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  6. Bonjour !
    un petit cadeau après la lecture de ton texte et des commentaires : https://youtu.be/r9Fz89xz4Pc

    Quelle Grâce cette Rencontre qui nous touche, bouleverse, guide aime ...

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    1. Merci pour ton passage par ici : j'ignorais que tu fréquentais ce blog !

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