Seuls existent les commencements,
les aurores nouvelles,
qui nous tirent de nos nuits.
Être toujours voyageur de l'Aube.

vendredi 23 novembre 2018

105 — le désir de l'homme

Dans les stages que j'ai animés, il y avait cette question :
— quel est votre plus grand désir dans l'existence ?
(J'explicitais le sens du mot : l'aspiration la plus profonde) 

Bien entendu les réponses étaient diversifiées suivant la personnalité de chacun/e, qui cueillait la sienne au niveau de profondeur ou de surface où il ressentait son propre désir.
Ayant eu de nombreux participants pendant bien des années, et sans vouloir globaliser trop, il est possible de synthétiser les réponses. Revenait fréquemment : — le désir d'être heureux. —  le désir de réussir sa vie en entreprenant quelque chose qui en vaille la peine, fasse sens, permettent de s'accomplir, soit utile.
Bien sûr, certaines personnes n'arrivaient pas à cerner leur désir. Les raisons en étaient multiples, et ce n'est pas le lieu pour les évoquer.


Il est fréquemment question de bonheur dans les Évangiles.

 On connaît bien comment Jésus en parle d'une manière assez étonnante, aux apparences contradictoires.
— Heureux les pauvres  en esprit (ceux qui se sont désencombrés la tête pour trouver la simplicité de l'être profond)
— heureux les affligés (ceux qui ont abandonné leur besoin de toute-puissance, et la croyance que l'on peut se suffire à soi-même. Ils entrent dans la chance de l'altérité salvatrice, en se reconnaissant affligés de manques et/ou de souffrances )
— heureux ceux qui sont doux (qui ont expulsé de leur psychisme la violence réactionnelle qui contribue à leur malheur et au malheur d'autrui)
— heureux ceux qui ont faim et soif de justice (ceux dont leurs tripes profondes les poussent à l'engagement en ce sens)
— heureux les miséricordieux  (qui ne détournent pas le regard de la misère des autres, délaissés, migrants, SDF, parents ou grands-parents dans un mouroir… posent des actes concrets, et dès lors peuvent se regarder en face)
— heureux ceux qui ont le cœur pur (ceux qui ont retrouvé l'enfant pur au fond d'eux-mêmes et le laisse vivre la surface de leur existence)
— heureux les pacifiques (qui ont guéris de leurs souffrances relationnelles,  sont devenus aptes au pardon des offenses subies. Leurs actions génèrent plus de Paix)

et je pourrais continuer ainsi.

Il est fréquemment question de désir dans les Évangiles.

Non pas le « mauvais désir » évidemment, c'est-à-dire tout ce qui relève de la convoitise, du désir de posséder l'autre comme objet, etc.
Il s'agit surtout du « désir de vivre autrement » que dans l'état de vie où l'on est présentement.

Cela concerne beaucoup d'épisodes relatés, appelés « les miracles ».

Je ne vais pas insister sur la traditionnelle confusion que l'on fait entre miracles et actes magiques… je ne prends pas mes lecteurs pour des ignares là-dessus. Le miracle n'est pas une intervention divine descendue du ciel, ni un acte de magicien, mais une interaction humaine de deux personnes qui ont une foi viscérale dans le changement profond. L'un (Jésus) aide à le recevoir, l'autre (« le miraculé ») en bénéficie parce qu'il y croit.. C'est à la fois aussi simple que ça et aussi mystérieux que ça.

L'homéopathie réussit, parce que le thérapeutique y croit fermement, et que le patient y croit tout aussi fermement. Alors ça marche. Question de foi !
(J'ai évoqué dans le billet précédent combien la foi déplaçait les montagnes)

Jésus a guéri des lépreux, des boiteux, des paralytiques, etc. mais il n'a pas guéri TOUT LE MONDE... 
et cependant la guérison est offerte à tout homme, déclara-t-il en substance.

En s'interrogeant  sur le pourquoi, on comprendra bien des choses…

Pour ma part, et d'une certaine manière par expérience de thérapeute, je dirais que la "guérison" n'est offerte qu'à celui qui croit à l'interaction humaine que je soulignais ci-dessus. Je n'ai jamais pu aider aucune des personnes qui n'avaient pas confiance dans ce que je proposais.
Je n'ai jamais pu constater de résultat palpables chez celui qui ne croyait pas qu'il pouvait s'en sortir fondamentalement, à l'instar des propos de Jésus :
— « lève-toi, prends ton grabat, et marche ! »
(Je ne mets pas en doute la bonne volonté de certains, mais il y a tant de bénéfices secondaires et de déni sous-jacent, que le véritable désir de changement reste enfoui sous les décombres de l'histoire personnelle).

Autrement dit, chez Jésus, il n'est jamais question QUE de l'accomplissement du désir de l'homme.
Il ne faut pas oublier que le seul nom qu'il s'est attribué lui-même est : 
« fils de l'homme ».
Ce n'est pas lui qui s'est appelé  LE fils de Dieu… (unique)
lui il parlait de son Père.

L'accomplissement du désir se réalise :
Par la foi en soi-même, et par la foi en cet homme, Jésus.
C'est aussi simple et aussi compliqué que ça.

C'est en tout cas mon option, choisi délibérément et librement, ce qui ne veut pas dire que c'est facile d'en vivre 24/24h.


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Le voyageur de l'aube va progressivement à la découverte de son propre paysage intérieur qu'il choisit de donner à voir. Il s'agit de l'expérientiel et ses billets n'ont rien de didactique.
Les billets sont d'abord écrits pour moi-même , selon  l'émergence de ce qui jaillit du fond de moi, « en instantané », face au lectorat qui passe par ici. J'y trouve là une certaine rigueur personnelle. 





lundi 8 octobre 2018

104 — 6 mois plus tard



Le billet précédent annonçait une nouvelle étape. C'était audacieux d'une certaine manière. Une nouvelle étape se caractérise souvent par un changement concret, matériel, visible. Ainsi d'un changement d'activité, d'état personnel, d'un déménagement, ce qu'on appelle parfois « une nouvelle vie ».
Rien de tout cela en ce qui me concerne. Mon entourage ne doit pas avoir le sentiment que j'ai « changé ».

Je n'ai pas changé. Je suis changé.

En ces domaines les choses sont souvent de l'ordre du constat. Pas de l'action directe. Même si action il y a, engendrée par la transformation intérieure opérante.
On peut changer de métier par décision et mise à exécution. On ne peut pas changer de psychisme de la même manière. C'est un instantané impossible, car hors de tout mouvement volontariste dont on aurait pu rêver.

On ne change pas le monde. On choisit de se laisser changer. Cela suppose l'observation intérieure qui permet de devenir acteur de l'accompagnement de son propre changement. 

Accepter de se mettre dans le mouvement qui consiste à se laisser changer par l'existence, par soi-même et par ce qui nous environne et nous pousse à être.
Cette acceptation change énormément de choses par rapport à la résignation de subir.

Le désir n'est pas le vouloir.
Le désir spirituel n'est pas le vouloir d'y parvenir.
C'est plutôt l'acceptation d'un état intérieur préexistant.
Je ne dis pas universel, mais je le pense, au sens que j'aime en faire l'hypothèse.

J'ai été biberonné à « la morale du devoir »  dispensée par le milieu catholique dans lequel j'étais, comme la quasi-totalité des français de ma génération.
Celle-ci avait ses vertus. Ce serait une grave erreur de la passer par pertes et profits. 
Elle présentait cependant un manque, en forme de gouffre, l'absence de reliance au Désir.
Dès lors, le biberon suivant, qui était : « faire la volonté de Dieu », ne pouvait que consister à se conformer aux règles, lois, préceptes, et autres rituels labellisés par une organisation externe, censée connaître ce qu'il en était de ladite volonté divine.
L'ensemble des prescriptions été codifiée dans d'importants ouvrages, résumé dans un code moral appelé : « catéchisme ». Tout manquement devait faire l'objet d'une confession, d'une pénitence matérialisée, et d'un repentir censé être « sincère ». Ce qui n'empêchait pas de continuer à enfreindre le catalogue. Mais fort heureusement, on pouvait se confesser autant de fois que nécessaire. Ouf !

Autrement dit, la primauté est donnée à « l'amour de raison » au détriment de « l'amour de cœur », considéré comme éminemment suspect, puisque la proie des « passions charnelles ».

Or, s'il existe une morale spirituelle développée par Jésus, c'est la « morale du désir », dont il est convaincu d'avoir les clés  par intuition personnelle fondamentale, et qu'il les reçoit de celui qu'il appelle « son Père ». (C'est intéressant au passage d'observer qu'il ne se considère pas comme autosuffisant…)

Quel est donc le Désir de Jésus ?

Ceux qui l'ont connu racontent ça dans les Évangiles. Ce n'est donc pas compliqué. Il n'y a qu'à aller à la source. Et bien sûr lire le texte avec des yeux neufs et pas avec « des yeux de curé ! » C'est-à-dire avec des souvenirs des salades qu'ils nous ont racontées jusqu'au gavage. (Pas tous, bien entendu, mais beaucoup quand même…)
Dans la mesure où la personne est désormais adulte, une telle rupture de l'endoctrinement antérieur est accessible, d'autant que l'on est plus « obligé de croire » dans l'État français laïc.

Personnellement ce que j'ai retenu, c'est qu'il me fallait répondre moi-même : « qu'est-ce que je désire réellement et profondément ? »

C'est l'invitation principale qui m'est faite.
Et il semblerait que lorsqu'on a cerné « SON désir », et dans la mesure où il a été cueilli à la profondeur que l'on sait atteindre,… il peut se réaliser… les chrétiens vont alors ajouter quelque chose d'assez juste : « avec la grâce de Dieu ».
En langage ordinaire on pourrait dire : avec la confiance dans les forces de la Vie internes. (Nom d'ailleurs que s'attribue Jésus lorsqu'il dit : « je suis la vie ») Ainsi que dans les forces de vie de certaines personnes que d'aucuns qualifieront de « médiations ».

C'est ce qu'affirme Jésus dans une formule bien connue : une foi à déplacer les montagnes.

«  Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir. »


Évidemment si on s'en tient à une lecture littérale et fondamentaliste… cette phrase est idiote ! Mais à celui qui a véritablement « foi en l'homme » elle parle clairement et nettement. La métaphore lui fait sens, parce qu'il en a expérimenté les effets.

(.......)

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Ce billet est écrit en roue libre. Comme ce fut souvent le cas sur ce blog. Les textes sont d'abord écrits pour moi-même même s'ils s'adressent à un public. Comme je l'ai dit au début de ce blog, je confronte l'évolution et l'émergence de ce qui jaillit du fond de moi, « en instantané », et face au lectorat qui passe par ici. J'y trouve là une certaine rigueur personnelle.

mercredi 4 avril 2018

103 - Nouvelle étape



Peut-être aurez-vous remarqué que j'ai changé le texte en exergue de ce blog. Ce n'est évidemment pas par hasard. Je veux ainsi marquer une nouvelle étape.
Laquelle ?
Pour l'instant c'est le sentiment que quelque chose est achevée. À la fois quelque chose qui est en train de tomber du côté de mes démêlés avec les religions ; et à la fois mon désir et mon choix (qui doit encore s'affirmer) de faire en sorte que cette chute des vieilleries anciennes, aille jusqu'aux abysses.

J'en suis en quelque sorte à sortir du « sas de décompression », pour rentrer dans ce que je pourrais appeler le renouveau d'un « en avant ».
La vie est évidemment au présent, mais tout est dans une dynamique des commencements.
Ces derniers temps j’avais tendance à trop oublier le titre de mon blog qui fut un jaillissement reçu dans une forme d'inspiration, il y a maintenant plus de 6 ans, que je n'ose pas vraiment qualifier de divine… mais presque… !

Mon corps m'a fait prendre conscience ces derniers mois que je m'étais éloigné de cet Élan Vital que j'évoquais dans la dernière phrase de mon texte numéro 102. Cela m'a fait mal de relire que j'avais tant stagné durant près de quatre mois. Et merci au passage à mon corps de m'avoir envoyé des signaux d'alerte que j'ai mis du temps à décoder. « Vieux motard dans l'allée » (expression de ma jeunesse remplaçant mieux vaut tard que jamais… ).

Je ne sais pas pourquoi je me suis tant engourdi. Repli hivernal ? Il y a de cela, mais ce n'est qu'une explication très partielle. La pente passive est toujours une tentation. Le chemin de traverse en est une autre.
Il m’aura fallu relire des passages d'un livre mémoriel relatant une histoire dont je fus en partie témoin et en partie acteur, et qui m'a renvoyé à cette parole biblique : « voici que je fais toute chose nouvelle ».

 ... Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle ;
—car le premier ciel et la première terre avaient disparu, … (apocalypse chapitre 21)

Ça m’a percuté !
Il n'était donc plus temps de cultiver sur des terres intérieures anciennes.
Il était temps de faire ma révolution agraire et d'opter pour l'écologie divine !
Sur les terres nouvelles n'existent que des commencements.
Et non pas des recommencements cycliques où l'on fait toujours plus de la même chose.

M’est revenu au grand galop, tels les chevaux de l'apocalypse, ce jour à la fois lointain et facilement présent où je reçus ma « terre intérieure ». Bien sûr il m'aura fallu le temps pour comprendre que ce jour-là j'avais franchi la porte du « Nouveau Monde », ce que par ailleurs j'appelle le Royaume

Seulement voilà, la paresse spirituelle guette toujours. Les petits accommodements minables. L'engourdissement qui conduit à la mort celui qui se laisse refroidir sur un sol gelé.

J'espère de tout cœur que les signes du corps que j'évoquais sont désormais des signaux d'alerte suffisants pour me faire entrer dans un changement effectif et concret. Il comporte des actes posés, (certain sont accomplis), des rencontres à décider, et d'autres choses encore qu'il n'y a pas lieu d'exposer ici.

Le Voyageur sait bien que les aurores nouvelles sont chaque jour différentes et non reproductibles. À lui de demeurer le Voyageur de l’Aube…




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-o0o-  FIN D'UNE ÉTAPE -o0o-

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