Seuls existent les commencements,
les aurores nouvelles,
qui nous tirent de nos nuits.
Être toujours voyageur de l'Aube.

lundi 8 octobre 2018

104 — 6 mois plus tard



Le billet précédent annonçait une nouvelle étape. C'était audacieux d'une certaine manière. Une nouvelle étape se caractérise souvent par un changement concret, matériel, visible. Ainsi d'un changement d'activité, d'état personnel, d'un déménagement, ce qu'on appelle parfois « une nouvelle vie ».
Rien de tout cela en ce qui me concerne. Mon entourage ne doit pas avoir le sentiment que j'ai « changé ».

Je n'ai pas changé. Je suis changé.

En ces domaines les choses sont souvent de l'ordre du constat. Pas de l'action directe. Même si action il y a, engendrée par la transformation intérieure opérante.
On peut changer de métier par décision et mise à exécution. On ne peut pas changer de psychisme de la même manière. C'est un instantané impossible, car hors de tout mouvement volontariste dont on aurait pu rêver.

On ne change pas le monde. On choisit de se laisser changer. Cela suppose l'observation intérieure qui permet de devenir acteur de l'accompagnement de son propre changement. 

Accepter de se mettre dans le mouvement qui consiste à se laisser changer par l'existence, par soi-même et par ce qui nous environne et nous pousse à être.
Cette acceptation change énormément de choses par rapport à la résignation de subir.

Le désir n'est pas le vouloir.
Le désir spirituel n'est pas le vouloir d'y parvenir.
C'est plutôt l'acceptation d'un état intérieur préexistant.
Je ne dis pas universel, mais je le pense, au sens que j'aime en faire l'hypothèse.

J'ai été biberonné à « la morale du devoir »  dispensée par le milieu catholique dans lequel j'étais, comme la quasi-totalité des français de ma génération.
Celle-ci avait ses vertus. Ce serait une grave erreur de la passer par pertes et profits. 
Elle présentait cependant un manque, en forme de gouffre, l'absence de reliance au Désir.
Dès lors, le biberon suivant, qui était : « faire la volonté de Dieu », ne pouvait que consister à se conformer aux règles, lois, préceptes, et autres rituels labellisés par une organisation externe, censée connaître ce qu'il en était de ladite volonté divine.
L'ensemble des prescriptions été codifiée dans d'importants ouvrages, résumé dans un code moral appelé : « catéchisme ». Tout manquement devait faire l'objet d'une confession, d'une pénitence matérialisée, et d'un repentir censé être « sincère ». Ce qui n'empêchait pas de continuer à enfreindre le catalogue. Mais fort heureusement, on pouvait se confesser autant de fois que nécessaire. Ouf !

Autrement dit, la primauté est donnée à « l'amour de raison » au détriment de « l'amour de cœur », considéré comme éminemment suspect, puisque la proie des « passions charnelles ».

Or, s'il existe une morale spirituelle développée par Jésus, c'est la « morale du désir », dont il est convaincu d'avoir les clés  par intuition personnelle fondamentale, et qu'il les reçoit de celui qu'il appelle « son Père ». (C'est intéressant au passage d'observer qu'il ne se considère pas comme autosuffisant…)

Quel est donc le Désir de Jésus ?

Ceux qui l'ont connu racontent ça dans les Évangiles. Ce n'est donc pas compliqué. Il n'y a qu'à aller à la source. Et bien sûr lire le texte avec des yeux neufs et pas avec « des yeux de curé ! » C'est-à-dire avec des souvenirs des salades qu'ils nous ont racontées jusqu'au gavage. (Pas tous, bien entendu, mais beaucoup quand même…)
Dans la mesure où la personne est désormais adulte, une telle rupture de l'endoctrinement antérieur est accessible, d'autant que l'on est plus « obligé de croire » dans l'État français laïc.

Personnellement ce que j'ai retenu, c'est qu'il me fallait répondre moi-même : « qu'est-ce que je désire réellement et profondément ? »

C'est l'invitation principale qui m'est faite.
Et il semblerait que lorsqu'on a cerné « SON désir », et dans la mesure où il a été cueilli à la profondeur que l'on sait atteindre,… il peut se réaliser… les chrétiens vont alors ajouter quelque chose d'assez juste : « avec la grâce de Dieu ».
En langage ordinaire on pourrait dire : avec la confiance dans les forces de la Vie internes. (Nom d'ailleurs que s'attribue Jésus lorsqu'il dit : « je suis la vie ») Ainsi que dans les forces de vie de certaines personnes que d'aucuns qualifieront de « médiations ».

C'est ce qu'affirme Jésus dans une formule bien connue : une foi à déplacer les montagnes.

«  Ayez foi en Dieu. Je vous le dis en vérité, si quelqu’un dit à cette montagne: Ôte-toi de là et jette-toi dans la mer, et s’il ne doute point en son cœur, mais croit que ce qu’il dit arrive, il le verra s’accomplir. »


Évidemment si on s'en tient à une lecture littérale et fondamentaliste… cette phrase est idiote ! Mais à celui qui a véritablement « foi en l'homme » elle parle clairement et nettement. La métaphore lui fait sens, parce qu'il en a expérimenté les effets.

(.......)

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Ce billet est écrit en roue libre. Comme ce fut souvent le cas sur ce blog. Les textes sont d'abord écrits pour moi-même même s'ils s'adressent à un public. Comme je l'ai dit au début de ce blog, je confronte l'évolution et l'émergence de ce qui jaillit du fond de moi, « en instantané », et face au lectorat qui passe par ici. J'y trouve là une certaine rigueur personnelle.

14 commentaires:

  1. Oh je n'avais pas remarqué cette nouvelle publication ! Je savoure ça ce soir, bien tranquille avec moi même. kéa

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  2. Il me semble que si les humains connaissaient le trésor qu'ils portent en eux ("...un état intérieur préexistant" comme tu dis), Hiroshima n'aurait jamais eu lieu, d'où le "connais-toi toi-même" c'est à dire connaitre le trésor, la merveille, le royaume dont tous les grands maîtres ont parlé, chanté sur tous les tons. Ils n'ont jamais ménagé leur efforts pour attirer notre attention… psitt psitt, entendez vous l'appel ? kéa

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    1. Ils sont en effet nombreux les maîtres que tu évoques.
      Hélas, ils sont encore plus nombreux ceux qui ont fermé les yeux, les oreilles et leur cœur.
      Il faut croire que la perspective de connaître le trésor déposé en nous n'est finalement pas très attirante.
      On sait bien que c'est le clinquant et le factice qui attire en premier, et bien souvent en dernier.

      Les individus de pouvoir et de domination se retrouvent toujours aux manettes pour le plus grand malheur des peuples. Si bien que malheureusement j'ai quelques doutes qu'Hiroshima et autres génocides aient pus être évités. Il faudrait pour cela un changement de paradigme. Mais celui, ceux et celles qui le proposent sont souvent exécuté(e)s en premier.
      Jésus en est un exemple.
      Raison de plus pour une militance des catacombes.

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  3. Un changement de paradigme peut se produire ! c'est rendu à la croisée des chemins qu'on fait un choix, pas avant. En tout cas cela a été le cas pour moi... je voyais trois jours devant moi, pas plus... c'est là que cela s'est produit, quand le temps a été venu. Je souhaite la meme chose pour l'humanité. Sauf que trop tard cela existe aussi. kéa

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    1. Oui, tu as raison, kéa. Il faut être à la croisée des chemins pour opter pour autre chose. Notre zone de confort doit devenir plus… inconfortable… qu'il y ait moins de bénéfices secondaires, pour entraîner un véritable changement.
      C'est souvent de cette manière que les choses se passent individuellement.

      Pour ce qui est du collectif : c'est plus difficile et sans doute plus long. Tout ce qui tourne actuellement autour de l'écologie et de la préservation des ressources qui nous font vivre, prend de l'ampleur. Les effets négatifs du réchauffement de la planète se font toujours d'une manière tangible, visible. Cela fait son chemin dans les esprits. Nous en sommes au début d'une prise de conscience, c'est déjà très important. Mais il semblerait que la grande majorité demeure encore dans sa zone de confort collective. Mais c'est en chemin vers le changement. Et c'est déjà beaucoup en effet.
      Comme tu le dis espérons que l'engagement dans une transformation des pratiques qui devrait être assez radicale, ne commencera pas un peu trop tard !…

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  4. C'est quoi la militance des catacombes ? kéa

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    1. Je comprends que tu poses la question, kéa, mon expression n'est pas claire du tout !
      Comme tu le sais, les catacombes furent des lieux de refuge pour les chrétiens persécutés aux premiers siècles de notre ère. Là ils pouvaient poursuivre leur culte.
      La militante des catacombes évoque la transformation personnelle pour aller dans le sens de la recherche du « trésor intérieur », pas seulement d'une manière personnelle, mais aussi avec d'autres qui partagent une recherche semblable. Se retrouver ensemble, en communauté de pensée et d'action, sans tapage extérieur, et avec la foi d'une coopération à l'évolution de l'humanité.
      Le « sans tapage » est l'expression d'une absence de prétention et encore moins d'orgueil.
      J'ai connu et j'appartiens encore à une telle communauté.
      Il y a là des aspects ascétiques, au sens « d'une patience d'ange » et d'une espérance folle pour croire à ces changements souterrains, par le dedans de soi-même dans une aventure à plusieurs.

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    2. Merci de ta réponse Alain, je comprends mieux là !
      Un petit bout me dérange toutefois "Là ils pouvaient poursuivre leur culte."
      Je trouve que les cultes apparaissent après, lorsque l'essence est perdue. kéa

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  5. Bonjour Alain,
    eh bien non, pas moi. Je n'ai pas été biberonnée à « la morale du devoir » dispensée par le milieu catholique, vu que mon père estimait que j'aurais bien le temps de choisir, plus tard, si la chose m'intéressait; or, la vie de Jésus m'intéressait, toute petite je m'y suis intéressée.
    Il y avait une Bible chez nous, sans doute appartenait-elle à ma mère dont la mère était très "pieuse", ce qui n'était pas le cas de mes parents. Adolescente j'ai donc lu la Bible en enviant toutes mes copines qui allaient au caté et faisaient leur communion. Tu vois, on n'est jamais contents de ce qu'on a ! :-)
    Ce n'est que bien plus tard, bien bien plus tard, que j'ai lu et relu le Nouveau Testament..

    Voilà, j'avais juste envie que tu saches que je suis passée par ici :-)

    Bon week-end à toi

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    1. Et merci à toi Ambre - bonjour Alain-que-je-ne-connais-pas au passage - de m'avoir donné le lien vers cet article. C'est la plus belle chose que je pouvais recevoir en cette fin de matinée. Comme une "réponse" du ciel, de Jésus, oui... Oui je connais cette redécouverte des évangiles dont parle Alain, avec une ouverture différente, une aspiration différente, un vrai désir, une soif...
      Vraiment merci.
      Bon weekend à vous.

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    2. @ Ambre

      Pas biberonnée… et bien tu en as eu de la chance !
      C'est sans doute pour cela que Jésus t'intéressait. Je comprends que tu aurais aimé aller au caté, pour rejoindre d'autres censés l'aimer aussi. C'est vrai que cela paraît toujours mieux « à côté » que chez soi…
      Mais crois-en l'expérience de beaucoup qui ont été gavés, il a sûrement mieux valu ainsi…
      Si tu as lu et relu le Nouveau Testament, je suppose que c'est qu'il t'a apporté ce que tu cherchais. En ce cas je ne peux que m'en réjouir.

      Merci d'être venu commenter, j'y suis particulièrement sensible.
      Bon week-end à toi aussi

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    3. Bonjour Alain, "qu'il m' apporté ce que je cherchais"?
      J'étais dans une immense détresse, je ne parle pas de ma jeunesse (quoique je n'étais pas bien vieille) mais de l'âge adulte où j'ai re-ouvert le Nouveau Testament "pour ne plus jamais le refermer", en fait.
      J'y ai trouvé ce que je cherchais vainement dans ma pauvre vie, dans ma vie de pauvre, je ne parle évidemment pas de matériel.
      Souvent, "pour rire", je dis que je suis une pauvre petite chose fragile ballotée par les événements. Il y a toujours du vrai dans les choses qu'on dit pour rire.
      Dans ce livre, j'ai trouvé, je trouve de l'amour, de la bienveillance, tout ce qu'il me manquait en fait (je réalise qu'en te répondant je me réponds en même temps ;-))
      Je l'ai longtemps lu dans n'importe quel ordre (j'ouvrais une page au hasard et je lisais, cela répondait souvent à quelque chose de précis c'était très troublant), puis récemment j'ai décidé de le lire "dans l'ordre", page après page. Cela m'a pris un an et j'ai recommencé l'année suivante.
      Je suis le genre de personne qui surligne ses livres et dans celui-là, je trouve toujours de nouvelles choses à surligner.
      Depuis, ça m'agace (pour ne pas dire plus) que l'on déblatère sur Jésus ou sur ce qu'il recommandait. Les gens qui parlent ainsi ont-ils seulement lu son histoire?
      J'entends aussi des choses comme "son père l'a laissé se faire crucifier". Ces gens savent-ils seulement que la crucifixion était une peine de mort plutôt banale dans les temps antiques? Ont-ils replacé les événements dans leur contexte historique?
      Et puis alors, ce qui m'agace plus que tout, c'est d'entendre que c'est du bourrage de crâne pour empêcher les couples de vivre leur sexualité librement (??).
      Merci à toi de ton accueil et bon dimanche, Alain.

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  6. @ Marie

    Ton commentaire me touche tout particulièrement.
    Il me rejoint dans cette intuition forte que j'ai, que le chaînage de nos relations et de nos rencontres nous amène parfois là où « quelque chose/quelqu'un » nous attend en vue de nous apporter ce dont nous avons besoin dans l'instant.

    Je suis convaincu des « solidarités invisibles et/ou souterraines ».

    Merci alors d'être venu commenter, et c'est également un « vraiment merci ».
    Bonne suite à toi et à une prochaine fois peut-être.

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    1. Je crois moi aussi en ces « solidarités invisibles et/ou souterraines » et au fait que le chaînage de nos relations nous amène toujours là au bon endroit au bon moment.
      J'ai vu que tu es venu commenter sur mon blog d'art postal puisque c'est le compte Google qui s'est activé quand j'ai commenté. J'ai aussi un blog de peintures, au cas où :-)
      http://boutdecheminencouleur.blogspot.com/
      Bien entendu, à une prochaine fois. Et encore merci, partagé et réciproque.

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