Seuls existent les commencements,
les aurores nouvelles,
qui nous tirent de nos nuits.
Être toujours voyageur de l'Aube.

vendredi 15 novembre 2019

108 — « En ce temps-là »

Expression que l'on entend souvent. Expression qui évoque « avant ». Avec la plupart du temps un fond de regrets : — C'était si bien en ce temps-là…
Dans bon nombre de passages de l'Évangile, l'épisode commence ainsi : « En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples… ».
Ah oui ! C'était il y a plus de 2000 ans qu'il parlait ainsi. De la vieille histoire. Époque révolue, avant le réchauffement de la planète. Le bon vieux temps en quelque sorte. Le pêcheur remplissait sa barque miraculeuse, le berger gardait ses moutons, on sacrifiait l'une ou l'autre de ces bêtes à Dieu, on priait, on jeûnait, on faisait l'aumône, et on s'en allait en paix d'avoir accompli son devoir religieux. Ensuite, toutes les frasques humaines, n'étaient que broutilles…

Mais bon, aujourd'hui c'est autre chose. Faut trier ses déchets, moins consommer, manger bio, végan  ou sans gluten, migrer à la campagne pour respirer au grand air, ne pas fumer du cannabis ,(un petit peu quand même !), ne pas se saouler (sauf occasionnellement), porter son  (vieux) Smartphone à la déchetterie, manifester contre le nucléaire, et autres choses du genre. Ainsi on aura rempli son devoir de citoyen responsable, sauveur en puissance de la planète. Ensuite, on pourra prendre son gros diesel 4x4, et aller manger en paix un méga Burger chez McDo.

Avant il y avait la loi de Dieu à respecter dans le cadre de sa religion.
À présent il y a la loi de la Nature, à respecter dans le cadre de la Nouvelle Religion Écologique. 
L'une et/ou l'autre à sa raison d'être et sa nécessité.


Cependant, dans tous les cas,nous sommes, hier comme aujourd'hui, « en ce temps-là » : , comme là maintenant, au moment où j'écris, au moment où vous lisez. Ce « temps-là », c'est l'instant même. Maintenant.

C'est ainsi que je lis l'expression dans l'Évangile : au présent. L'instant même où je suis.


Mais « ce temps-là » c'est peut-être aussi bien autre chose…

« Ce temps-là » c'est simultanément un Ailleurs. Un Autre temps présent. Une dimension autre, en soi et hors de soi.
Et ça change tout…

Ailleurs, ce n'est pas un autre monde pour plus tard, dans je ne sais quel endroit qualifié de paradis ou vocables équivalents. Ça, c'est une invention religieuse.
Un Autre temps, ce n'est pas une histoire de calendrier, d'éphémérides, de siècles  à venir ou d'années-lumière pour remonter le temps. Ça, c'est de l'étroitesse cérébrale, qui veut tout posséder par quantification. C'est intéressant, mais ce n'est pas essentiel.

 C'est ici une autre dimension de l'instant. Quelque chose qui à la fois nous dépasse très largement et nous est offert instantanément, dans une forme d'ordinaire simplicité étonnante. Étonnante en tout cas pour celui/celle qui ne la perçoit pas, et donc ne peut la comprendre, faute du commencement du début d'une expérience. Mais qui alors mettra en chemin vers cette autre Dimension que j'appelle « ailleurs/autre temps » ?

Qui dialogue avec l'incrédule Nicodème ? Ce savant qui en est largement à bac + 15, ne pige rien des paroles de Jésus, qui parle de renaître :
« Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il entrer une deuxième fois dans le sein de sa mère et renaître ? »

Comme aurait dit mon père : il ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

L'Autre monde, que tant de gens recherchent éperdument et à tâtons, il est juste là,  à notre portée, sans faire de savantes études, ni participer à je ne sais trop quelles activités ésotériques à base de contorsions de toutes sortes et cul par-dessus tête. C'est juste cela : Présence Maintenant, du côté du cœur, de l'être profond, de l'âme, c'est là que campe l'Autre monde. Et pas dans la cervelle, qui n'a pour fonction que d'avoir l'humilité d'aller s'intéresser à cette Autre Monde.… En soi…
Et surtout, ce cerveau bavard, l'inviter à se taire, mais alors vraiment se taire, et il entendra et verra dans le silence intime ce qui se passera… il en restera cerveau-bé...

Que dire de plus à l'instant, je ne sais même pas si on comprend ce que j'écris…

*


Ce texte m'a été inspiré par ce que déclara une personne à l'occasion des obsèques d'un prêtre catholique. Il n'en constitue nullement un commentaire, ni une paraphrase. Il fut nourriture pour mes balbutiements de recherche. À cause du contexte dans lequel j'ai lu l'expression « en ce temps-là »  La personne concernée, si elle passe par ici, se reconnaîtra probablement. Ce qui ne veut pas dire approuvera mes propos.


13 commentaires:

  1. Il faut déjà être dans cet "ailleurs" pour saisir ce que tu écris, de façon si inspirante je trouve. Tes mots me mènent dans "ce temps" hors du temps,... j'y entre, je regarde, j'entends les sonorités de l'infiniment silencieux, je ressens et je goûte, les sens virés à l'envers, tournés vers le dedans. kéa

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    1. Oui, kéa, en avoir quelque peu l'expérience ou un minimum d'approche.
      Toi tu y es, je le sais depuis que je lis tes commentaires.
      « Les sonorités de l'infiniment silencieux », c'est joli, ça !

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  2. Je te comprends et j'admire ta réflexion que je trouve claire. Peut-être pace que je me promène de temps en temps "en ce temps là".

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    1. C'est probablement l'un des plus agréables lieux de promenade, chère Suzame.
      Merci de ton passage.

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  3. Si on a passé cette porte que tu nous entrouvres, si on est là à te lire, c'est que l'on comprend.
    L'expérience mystique numéro un, se fait sans chapelle, sans tapis, sans candélabre, sans substances illicites, sans gong, sans bâton d'encens, sans médium, sans rien que le temple de notre corps qui abrite, là, ici, maintenant, un coeur de soi clair comme un lac de montagne. L'expérience mystique numéro un, c'est quand on écrit Présence avec un P majuscule.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Merci pour ce beau commentaire. C'est tout à fait cela.
      Je me permets toutefois d'ajouter que nous ne sommes pas non plus désincarnés ni de purs esprits. Souvent des lieux (quelquefois très ordinaire, parfois « chargé d'une histoire ») permettent les prémices de l'expérience. J'en ai témoigné çà et là sur ce blog. Pour parler de mon pote, je pense à ce qu'il est convenu d'appeler « la présentation au temple » lorsqu'il était enfant. Ce qu'il a entendu là par un vieux sage n'a pas pu ne pas pénétrer en lui.
      Mais ensuite dans l'épisode de « la Samaritaine » sur lequel je me suis longuement arrêté aussi sur ce blog, il déclare : «Femme, crois-moi : l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. »
      Il est un autre temple pour ceux qui cherchent.
      Mais on n'y atteint pas sans médiation.
      Et ensuite… chacun son chemin…

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  4. Non pas un Autre monde mais l'Autre du monde, non pas un Autre temps mais l'Autre du temps... Cette Ouverture de l'Autre (et sur l'Autre) dans ce monde et dans ce temps permet de sortir du "pareil au même" où chacun ressemble à n'importe qui. Grâce à l'Autre, "je" suis autre, unique au monde et chacun est pour moi unique au monde.

    A mon avis, une expérience spirituelle ou mystique manifeste qu'elle est vraie dans la mesure où elle s'incarne dans une relation renouvelée aux autres. Je pourrais dire que le signe qu'une expérience mystique n'est pas de l'ordre de l'illusion c'est qu'elle s'incarne dans une expérience sociale... Pas de mystique sans "politique", selon moi.

    Perso pour Alain : ne t'impatiente pas ! Pardon ! Je suis un peu débordée !

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    1. Content, Christine, de te revoir par ici.
      À propos de ton deuxième paragraphe, je suis entièrement d'accord. Il n'y a pas d'expérience spirituelle ou mystique qui tienne la route, sans entraîner un engagement qui n'existait pas jusque-là et/ou n'était pas en perspective pour la personne.
      (Je pense entre autre à Bernadette Soubirous que j'ai beaucoup « fréquentée »…).
      Quant à ce que j'ai pu connaître, il en est résulté un changement radical dans ma trajectoire personnelle. Le mot « radical » n'a pas du tout le sens d'exceptionnel ou remarquable. Tout est intérieur et par de la Source appelante qui conduit à l'engagement de toute une vie. Avec ses joies, et peut-être surtout ses difficultés. Mais comme cela fait sens, la force est donnée.

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    2. Qu'est-ce que tu es croyant, Alain, et comme c'est reposant !

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  5. "En ce temps là" est une expression qui pour le moment me fait penser aux camps de concentration , à l'extermination des juifs et pourrait me faire penser et écrire que Dieu n'y était pas et pourtant quand je lis un livre ( comme celui de Primo Levi) relatant son propre vécu de ces années d'atrocité, je ne suis plus du tout sure de ma première affirmation négative.Car il reste dans ces hommes et ces femmes meurtris à vie, un fond de lumière et de force qui brillent derrière leurs mots.

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    1. Dans les camps de concentration, ceux d'hier mais aussi les camps d'aujourd'hui toujours bien existants de par la planète, (les camps de migrants par exemple), j'aurais plutôt tendance à penser que Dieu (tout au moins celui dont parle Jésus) y est présent prioritairement. Sinon tous ces gens seraient morts depuis longtemps…
      je te rejoins donc dans ce renversement de point de vue.

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  6. "En ce temps là" rejoint pour moi le Royaume "qui n'est pas de ce monde" dont parle Jésus
    On l’atteint au plus profond de soi, au delà des doutes, des hésitations...
    dans le silence au delà du silence

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    1. Le silence… et aussi la Paix (qui est l'inverse de la tranquillité) et la Force qui offre le bonheur du don de soi.
      J'ai constaté que parfois, (souvent ?), Les gens qui se donnent « trop » sont épuisés parce qu'il pense qu'il faut tirer la force « de ses propres forces » si je puis dire, alors qu'il n'y a rien « à tirer », mais simplement tout recevoir. Si on est dans cette attitude de tout recevoir on connaît « le bonheur éternel ».

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