Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck


jeudi 8 mars 2012

15 - Et Dieu, que pense-t-il de "tout ça" ?


Comment savoir ? Lui qui est là-haut, dans son paradis, que pense-t-il de tout cela ? Pourquoi envoie-t-il des épreuves à ceux qui l'aiment ? Je parle de ma famille. Aussi éprouvée que moi par l'événement. Certes, le petit paralysé, c'est moi, mais eux ont leur propre lot de souffrances, mon père, ma mère, mon frère, sa fiancée, et tous les proches, compatissants sincères pour certains, moins pour d'autres sans doute.


Mes parents ont certainement pensé : « Qu'avons-nous fait au bon Dieu ! », Je n'imagine guère qu'ils n'aient pas eu de telles pensées, au moins interrogatives, si ce n'est revendicatives, voire révoltées. Eux qui étaient bons pratiquants, qui fréquentaient la messe, n'oubliaient pas leur prière du matin et du soir, mais plus que cela, qui avaient une véritable « foi », c'est-à-dire une totale confiance en Dieu. Ne fut-elle pas ébranlée, cette foi ? Je l'ignore. Ils ne m'en ont jamais rien montré. Ce qu'ils rendaient visible, ma mère en particulier dans ses lettres, c'était cette confiance en Dieu réitérée, sans faille. Et si Dieu demeurait sourd aux appels, il fallait en passer par sa mère, la Vierge Marie, afin « qu'elle intercède pour nous » auprès de son fils Jésus, qui ne manquerait pas d'en dire un mot à son père Dieu.

Et tout cela, j'y croyais, sans y croire, tout en y croyant.
J'oscillais d'une semaine à l'autre. Parfois je me disais que Dieu pouvait certainement faire quelque chose… Mais quoi ? Il m'arrivait d'espérer « un miracle ». Pourquoi pas à Lourdes ? Alors je me prenais à en rêver, même avec mes parents. J'étais prêt à signer un pacte avec Dieu, ou avec la Vierge Marie, ou les deux. Un donnant-donnant. Ils  me « miraculaient » et en échange, je traversais la France à vélo pour les en remercier. Au fond de moi-même, je savais que c'était chimérique, une vaine attente, un vain espoir. Je ne pouvais compter que sur mes seules forces, et sur l'insistance de l'équipe de rééducation du Centre. Mais, c'était la part du rêve, qui permettait de surnager, entretenait l'espoir. Il faut croire qu'on ne peut pas pactiser avec Dieu. Ça ne marche pas. Il faut croire qu'avec lui c'est autrement, par d'autres chemins, par d'autres rencontres.

Alors, il eut, une fois de plus, des chants ! Ou plutôt, cette fois, des chansons. Celles d'un prêtre, célèbre à l'époque : le père Duval, que Georges Brassens brocarda dans sa chanson "Les trompettes de la renommée"
Le ciel en soit loué, je vis en bonne entente 
Avec le Pèr' Duval, la calotte chantante, 
Lui, le catéchumène, et moi, l'énergumèn', 
Il me laisse dire merd', je lui laiss' dire amen, 

Mais ce jour là, ce fut du sérieux. Un de ces dimanches où j'avais « permission de sortie ». Ma mère mit l'un d'eux sur le tourne-disques un 33 tours 25 Cms du Père Duval,  la chanson datait de 1956.

Il n'a pas eu, bonnes gens
Il n'a pas eu, bonnes gens
Tout son compte de vie
Tout son compte de vie
Il n'a pas eu, bonnes gens
Il n'a pas eu, bonnes gens
Tout son compte de vie
Le p'tit gamin du voisin
Qu'on enterre ce matin

J'ai pensé à moi. Bien sûr, je n'étais pas mort. Mais mon corps l'était, inerte, comme enterré pour longtemps, sans doute pour toujours.
Et puis, il y eut le refrain.


{Refrain:}
Mais la colère gronde
Sur la Terre comme aux Cieux
Mais la colère gronde
La colère du bon Dieu
Je fus saisi d'émotion. Mes yeux s'humidifièrent de larmes. Je les ravalais aussitôt. Il ne faut pas pleurer. Interdit. Je dois être un grand garçon courageux.
Même aujourd'hui, tant d'années après, l'émotion affleure toujours.
Tout à coup, Dieu était « avec moi ». Il était en colère du malheur des hommes. Il ne voulait pas de tout cela, et encore moins, il n'en décidait pas volontairement. Sa colère n'était pas dirigée contre l'homme, mais contre le malheur qui frappait. Injustement. D'une certaine manière, Dieu se faisait plus humain que je ne croyais…

Une fois encore, un certain message, que j'avais sans doute entendre, passait par le chant, la musique…

15 commentaires:

  1. l'image de ce petit garçon m'a hantée longtemps après la lecture de ton livre. je me suis dit vraiment: pour quoi lui? Pourquoi pas moi? Comment frappe le destin? Et la dernière partie de ton billet, avec ce mélange de Brassens et les yeux remplis de larmes du petit garçon ému que tu étais m'a rendue toute mélancolique...Et Dieu , dans tout ça? Je ne sais pas où il est.

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  2. Oui pour la colère qui gronde. j'aime le Père Duval encore aujourd'hui... Dis moi dis moi Seigneur, toi qui a crée le monde, pourquoi tu fis la nuit si longue si longue pour moi.

    Il y avait à l'hôpital un garçon de 20 ans, il avait un prénom de roi, David ou Alexandre mais j'ai rarement vu un corps aussi torturé. Il a été opéré de sa scoliose, fallait il le faire? Je ne sais pas. Mais ce que je sais, c'est que souvent je me suis dit que Jésus il était resté 6 heures sur sa croix et que celui là, cela faisait 20 ans qu'il vivait dans ce corps tordu.

    Il a fallu du temps pour que les réanimateurs le laisse partir. Et j'ai toujours pensé que quand il était arrivé de l'autre côté, Dieu lui avait demandé pardon.

    Je pense avoir aujourd'hui besoin d'un Dieu qui reconnaisse notre souffrance à nous, à l'état brut et qui se pose des questions.

    Il y a un texte intéressant du Père Duval Arnoult sur le mal et lui aussi pense que Dieu demande pardon, du moins si on le fait penser comme un humain.

    Mais quand tu dis que Dieu n'était pas au Centre(de rééducation), moi je pense que si justement il était au" centre" mais pas discernable..

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  3. Tu sais ce que je vis depuis 7 mois!
    Je n'en ai jamais rendu Dieu responsable...
    Je suis persuadée que si Dieu il y a, ce qui pèse, ne peut venir de Lui!
    S'il existe il est du côté de ceux qui souffrent, c'est l'expérience que je suis en train de faire
    Je n'ai pas l'idée de me demander où est Dieu quand l'être humain souffre, pourquoi il est absent! (ou semble absent!)
    L'idée d'un Dieu "présent" au coeur de ce que je vis fait son chemin en moi
    De quoi donc alors devrait-il demander pardon? Il est avec nous

    C'est encore très flou en moi, de là ma difficulté à exprimer ce qui en moi est encore indicible...

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  4. En fait, ce qui est en train de changer en moi,c'est que je ne m'occupe plus trop du Dieu tel que l'ont défini les Xtiens
    Je m'interroge à l'intérieur de moi, et j'ai accès à "un Autre"
    Peut-être qu'il est de ma fabrication, mais pas plus que le D des Xtiens tel que tu en parles...
    Le monde est beau

    Ce qui est moins beau c'est le coeur corrompu des hommes
    Corrompu et pourtant capable de merveilles
    Oups tout cela porte drôlement à réfléchir
    Mais je en'entre pas du tout dans ta description de Dieu et de sa "responsabilité" qu'il tente d'adoucir
    S'il existe, il EST, pleinement et dans l'amour dont nous faisons nous aussi l’expérience

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  5. Ok, je vais tenter de faire le clair en moi à ce sujet: comme je l'ai écris plus haut je crois,c'est encore
    de l'ordre de l'indicible
    Bonne soirée ;-))

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  6. Coumarine, je vous suis quand vous parlez de cet "Autre". Je pense que Dieu n'est qu'amour, et que nous avons le choix entre l'accueillir et le refuser, et que si on décide de l'accueillir, les souffrances petites ou grandes sont plus faciles à supporter ("Mon joug est facile et mon fardeau léger").
    Amitiés

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  7. Avoir accès à "un Autre"
    càd sortir du moi ego, avec ses mesquineries, ses dépressions, ses jalousies, ses ruminations (on peut compléter...:-)
    Pour rejoindre L'AUTRE en moi, qui me dépasse et me rejoint en même temps, dans lequel je peux me reconnaître dans la part de grâce, de beauté, de sagesse, d'amour que je sais être au fond de moi (et au fond des autres)

    J'ai commencé à dia-loguer avec cet Autre en moi, auquel je ne donne aucun nom, il EST, c'est tout

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  8. j'ajoute ceci:

    pour moi, l'Autre n’est pas au-delà ailleurs (comme on pourrait le dire de Dieu)
    mais au-delà dedans

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  9. le Voyageur16 mars, 2012

    Célestine,
    je ne sais pas si il y a un jour une réponse à ces questions là…
    Je comprends ton émotion… Même avec le recul des années, ce petit garçon l'un, celui des années difficiles, il continue à me toucher moi-même…
    Phénomène curieux sans doute…

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    Giboulée,
    je pense comprendre tout à fait ce que tu dis… Pour moi cela demeure une grande interrogation.
    Admettons que Dieu « n'envoie pas des épreuves », ce qui est un peu la version "hard".
    Dans la version "light" : « il les permet »
    c'est guère mieux !
    Alors tu vois, petit garçon, jeune homme de 20 que tu cites, (dit Dieu) tu souffres beaucoup… C'est moi qui permets ça… Sympa non ?

    ( Je pense que je n'invente pas. C'est conforme à la théologie la plus classique et traditionnelle que dieu « permet », il faut bien être logique, puisqu'il est le créateur de tout...)

    je sais pas, moi… Il aurait pu « inventer » autre chose ! Non ?

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  10. le Voyageur16 mars, 2012

    Coumarine,
    je pense que Dieu ( S'il existe…) est responsable, dans la mesure où c'est lui qui a créé les choses ainsi…
    Tout du moins c'est ce que disent les chrétiens !
    D'où cette idée du pardon qu'évoque Giboulée.

    en revanche, puisque la création de Dieu est ce qu'elle est... fondée sur la souffrance et la domination… On peut comprendre que Dieu tente de rattraper le coup, si je puis dire… En se montrant présent et compatissant…

    Mais bon…
    Pour un créateur… Le monde tel qu'il est, c'est quand même pas la merveille des réussites !

    d'où ce mythe indispensable du "paradis terrestre" pour laisser entendre il y a un super truc dont on s'est fait virer, mais qu'on va retrouver… à force de souffrances… ( Tu enfanteras dans la douleur et travaillera à la sueur de ton front… En attendant la récompense future…)

    Cela n'enlève pas l'expérience d'une "réalité transcendante" au coeur de ce que l'on vit.
    Là est toute la question…
    De « quoi/qui » s'agit-il ?

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  11. le Voyageur16 mars, 2012

    Coumarine tu écris : j'ai accès à "un Autre"

    ce qui m'intéresserait, c'est qui est cet « autre » pour toi…
    ( Ceci n'est pas une demande…)

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  12. Je me suis endormie hier avec tes mots en lisant ce texte.
    Je me réveille ce matin avec tes mots en relisant ce texte.
    Histoire de récupérer ce que j'ai laissé en chemin avant d'aller rejoindre Morphée.

    Je continue à te lire et à me laisser pénétrer par ton parcours et la façon dont tu te racontes, te vis et te voyais à travers ce rapport avec "Dieu".

    En dehors de ce parcours de vie qui me touche, ce rapport là nommé Dieu moi je l'ai dans autre chose que je ne nomme pas forcément. Mais c'est une peu quelque chose de l'ordre de la vie, de l'émotion qui ressurgit comme tu le décris ici par une musique qui arrive là comme un hasard, mais qui ne l'est pas tant. Par un mot que sur lequel je vais m'arrêter en marchant dans la rue... et qui vient faire tilt parce que c'est le Moment. Et on fait le choix de s'arrêter dessus comme on pourrait ne pas le voir ni l'entendre. C'est un peu ce que certains appelleraient "Le signe", "Le hasard".

    La façon dont tu parles de Dieu a quelque chose d'universel... Car je pourrai dire quasiment les mêmes choses sans même le nommer "Dieu". Et en même temps, je crois que quelque soit la façon dont on nomme ce cheminement intérieur, cette force en soi, cette foi en la vie....
    Dieu est amour, dieu est la vie, Dieu est en soi... Je ne suis pas croyante, et en même temps, je peux parler de Dieu... car pour moi quand je parle de Dieu, je ne pense pas religion. Je pense à la foi en la vie, la foi en soi.

    J'ai une amie qui chemine avec autre chose... que certains appelleraient un peu de surnaturelle (tout ce qui touche un peu à la magie, au surnaturel, à l'astrologie et tout et tout)... C'est dans ma relation avec elle que j'ai pu constater que loin de mes "croyances" son cheminement intérieur reste universel...

    Quelque chose nous accompagne tout au long de notre vie, et on finit par se tourner vers cette chose. Que ce soit Dieu, la magie ou bien autre chose... Ce que je retrouve dans ton cheminement, dans le sien, dans le mien reste universel... Et je crois que c'est ça la beauté aussi de la vie... Nous finissons tous par croire en quelque chose. Ces croyances là nous étayent, nous accompagnent, nous exhaussent (miam j'ai appris un mot !!!)...

    Ces croyances-là, quelles qu'elles soient, me semble-t-il, se rejoignent toutes dans un seul but... transcender l'Homme.

    Bon ok, tout ce que j'écris là n'a rien à voir avec ton texte-là précisément, mais c'est la lecture de tout ce que j'ai lu pour le moment qui me ramène à cette réflexion.


    M'en vais donc continuer ma lecture.
    July

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    1. Oh que si, ce que tu écris a largement à voir avec mon texte…
      Ou plutôt, largement à voir avec le sens profond de tout le contenu de ce blog.
      tu écris : ...car pour moi quand je parle de Dieu, je ne pense pas religion. Je pense à la foi en la vie, la foi en soi. Moi non plus je ne pense pas religion, mais fondamentalement cette foi en l'Homme, en la vie qui habite le fond des coeurs et ne cesse de désirer surgir.
      C'est bien au-delà de n'importe quelle religion.
      Il y a en effet ce but de final, transcender l'Homme.
      Non pas pour le rendre Superman, ce qui ne ferait que le rabaisser… mais pour cette transformation par le dedans qui le spiritualise peu à peu.
      Et là, les chemins sont multiples.
      La grande problématique des religions (en particulier les monothéisme) c'est de vouloir dire qu'il n'y aurait qu'un seul et unique chemin … le sien évidemment… celui de la religion considérée… Et là, on est toujours prêt à s'étriper, et on le fait, pour savoir qui c'est la meilleure de toutes !!
      Terriblement lamentable mes yeux…

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    2. "La grande problématique des religions (en particulier les monothéisme) c'est de vouloir dire qu'il n'y aurait qu'un seul et unique chemin … le sien évidemment… celui de la religion considérée… Et là, on est toujours prêt à s'étriper, et on le fait, pour savoir qui c'est la meilleure de toutes !!
      Terriblement lamentable mes yeux…"

      Malheureusement.... oui... c'est ce qui est triste à voir... C'est pourquoi je commence à m'intéresser à la religion... et qu'un jour je vais entreprendre la lecture de tous ces textes... Bible, Coran, etc... etc... Je ressens un besoin, une nécessité de me relier à tout cela pour en faire un TOUT, dans ma propre unité, dans ma quête aussi de compréhension du Monde, de l'Humanité...

      Car cela me fait peine à effleurer cela par tous "les faits divers" et toute cette violence que les religions font subir aux êtres humains...

      En lisant ton blog, j'avais bien saisi la nuance que tu fais lorsque tu évoques Dieu et lorsque tu parles de la religion... Bien que parfois, j'ai eu l'impression que la dissociation reste parfois difficile dans le sens où j'ai l'impression tu n'as pas encore (ou du moins au stade de ma lecture) réussi à trouver la bonne place entre tout ça...
      Mais également parfois je me suis perdue dans tes mots... Pas toujours su d'avoir compris tout le sens, mais cherchant à le comprendre du mieux que je peux...

      Bref, je suis en vacances bientôt... je pense que je finirai ma lecture durant cette période...



      A bientôt !

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    3. où j'ai l'impression tu n'as pas encore (ou du moins au stade de ma lecture) réussi à trouver la bonne place entre tout ça...
      Oui, c'est tout à fait ça ! .....
      Je comprends bien ce que tu dis aussi "perdue dans tes mots".
      Je manque de clarté parfois.
      Si, comme j'en ai le vague projet, ces écrits finissent dans un ouvrage, il est évident que j'aurais à sélectionner et retravailler ces billets, pour en faire un ensemble bien plus lisible.
      "ici" J'écris en premier "pour moi même "... et c'est parfois confus.....
      :-)

      Quant à ta démarche, je la ressens comme potentiellement bénéfique. La recherche de sa propre unité dans une ouverture à l'altérité. Il ne s'agit pas de picorer ça et là... mais de se laisser ensemencer... puis dans NOTRE terre intérieure, poussera NOTRE unité....

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