Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck.

« Une force qui est, qui ne peut pas être seulement de nous, mais qui ne peut pas être sans nous. Cela c’est de Dieu. - Mais je ne sais absolument rien de Dieu je sais seulement qu’il y a quelque chose en moi qui monte. C’est une trace, un chemin, un parcours toujours nouveau. » - Marcel Légaut

dimanche 11 mars 2012

16 - Une place à part

Il existe dans ma vie des terres fondatrices et fécondantes. Des lieux précis. Chacun à ce genre d'expérience, me semble-t-il. Nous avons des appartenances. À des personnes, c'est évident, mais aussi à des lieux.

L'une de mes terres, c'est :  Lourdes


Une ville de pèlerinage chrétien, où l'on vient du monde entier. Une ville qui devrait normalement me hérisser le poil, me donner des boutons, m'exaspérer, tant ses apparences devraient normalement avoir sur moi un effet repoussoir : bondieuseries à tous les étages, marchands du temple dans toutes les rues, ventes de cierges 24 heures sur 24 en gros, demi gros, et détails, distribution gratuite « d'eau miraculeuse », garantie sans additif ni colorant… Processions, chants cul-vul  — «Ave,Ave, Ave le ptit'doigt ! ». Pardon,Ave,Ave, Ave Maria ! Etc.


Et pourtant…
Lourdes sera pour moi une terre de liberté et de libération.
J'irai « là-bas » chaque année, une semaine au mois d'août, durant plus de 10 ans. J'irai en pèlerinage. Délibérément, forcé par personne. Les premières années comme « cher mââlââde », puis comme « infirmier » (selon le terme consacré. Il s'agissait simplement d'assurer une présence est un peu d'aide auprès des jeunes handicapés, dans les salles communes d'hébergement, en dehors des temps de cérémonie, célébration et autre occupations du bon pèlerin…).

« Là-bas » je fis la connaissance de celui qui deviendra mon ami le plus fidèle, l'une de mes relations les plus essentielles. De son côté, il dira la même chose de moi dans un bref ouvrage quelque peu autobiographique. Plus de 40 années d'amitié constante et indéfectible. Ce n'est pas rien ! Lourdes nous a soudés.
Mais ce n'est sans doute pas là le plus essentiel. Lourdes c'est aussi pour moi l'histoire d'une rencontre intime, plus spirituelle, avec cette jeune fille/femme qui s'appelle Bernadette Soubirous.

Cette rencontre commence en 1958. J'ai 10 ans. Je lis le livre de Marcelle Auclair (cofondatrice de la revue Elle) : « Bernadette », écrit à l'occasion du centenaire des apparitions à Lourdes. Je suis totalement fasciné par ce récit, par la simplicité du texte de l'auteur, par l'extraordinaire force intérieure de « la petite voyante », qui tient tête à tout le monde, aux adultes, aux curés, comme si elle était animée de l'intérieur par une force extraordinaire et à la fois si simple et si naturelle.
Bien sûr je dis cela avec mes mots d'adulte d'aujourd'hui. Je ne crois pas cependant trahir l'enfant que j'étais. J'ai encore en moi la globalité de ce ressenti. Je vois nettement l'endroit où j'étais lorsque j'ai lu ce livre. Au dernier étage de la maison. Là où il y avait un grand lit pour accueillir je ne sais quel visiteur de passage. Une chambre que je ressentais isolée, sorte de havre de paix pour moi, malgré la fraîcheur des lieux (elle n'était pas chauffée l'hiver…) Et alors je me glissais sous l'édredon, bien au chaud. J'étais moi-même avec la petite Bernadette.

J'ignorais que l'été qui suivrait nous irions à Lourdes, et que je vivrai dans cet environnement, et d'une certaine manière « à cause de Lourdes, et donc à cause de Bernadette » cette très belle journée quand j'ai gardé un souvenir inoubliable et que j'ai déjà relaté ici.

Bernadette Soubirous fut une femme d'une extraordinaire liberté intérieure. Une fille audacieuse, animée d'une force de vie qui se révéla en elle lors de ses visions intérieures, à la fois mystérieuse et à la fois si ordinaires, au fond. 
Qu'est-ce qui donne à un être humain une telle force intérieure ? Elle qui s'origine dans une famille très pauvre, plutôt mal vu aux alentours, qui vit dans une pièce unique avec toute sa famille : « le cachot », pièce d'une ancienne prison. Elle est illettrée, ne parle que le patois local. On dit d'elle qu'elle avait un très fort sentiment religieux, que malgré un asthme étouffant, elle était plutôt d'un naturel gai. Son père, accusé de vol de farine, fera de la prison. Bref ! Tout le pathos nécessaire est là pour une belle histoire édifiante !…

Tous les ingrédients sont là également pour d'excellentes interprétations psychanalytiques : hallucinations, fuite du réel, invention pour faire parler de soi, état de transe, comportement hystérique, supercherie par d'autres : le fait qu'elle ait révélé un dogme religieux que lui aurait confié « la dame », alors qu'elle est totalement bêtasse et illettrée, ne peut qu'être le fruit d'une manipulation dont elle est le jouet. Bref, en gros : Bernadette Soubirous  : une nana totalement azimutée !

Bernadette attire les foules. C'est un fait. Quelques centaines, puis des milliers… L'occasion est belle pour tout le monde. L'église : un nouveau lieu de pèlerinage c'est pas une mauvaise affaire. Les politiques et le commerce local : belle occasion aussi de se faire du blé sur la crédulité des croyants…
Et de fait, tout cela marchera très bien, et ça continue depuis plus d'un siècle et demi…

On pourra aussi me rétorquer que je me suis moi-même laissé embobiner. Occasion rêvée d'une belle projection !
Pourquoi pas ?
Ces critiques-là m'ont été formulées. Je connais. Ajoutez les vôtres si vous voulez. Pour tout dire, aujourd'hui, je m'en tape !

Je m'en tiens à mon expérience. Mon vécu.
Lourdes aura été pour moi et demeure une terre de libération.

Quelle libération ?

C'est d'une « libération intérieure » dont il s'agira ici.
La libération est un désenclavement, une ouverture, une respiration. Cela tient du sentiment, d'une part ; de la sensation, d'autre part.
Sentiment de liberté, non pas la liberté de faire tout et n'importe quoi, mais cette liberté qui responsabilise.
Sensation de dilatation ressentie au fond de soi-même, dans le ventre qui comporte à la fois une densité et une légèreté.

L'intelligence intellectuelle s'ouvre de manière nouvelle, les choses s'ordonnent dans la tête, dans une plus grande clarté, une clairvoyance.
L'intelligence intuitive et émotionnelle indique les horizons possibles, non pas comme des rêves, mais comme des évidences intérieures liées à la destinée personnelle.

Les énergies nouvelles apparaissent, source d'actions, d'engagements, avec cette sorte de certitude qu'à la fois on est sur la bonne voie, et que la réussite est au bout du chemin.

La terre nécessaire.

Ce type d'expérience, cette libération, tel que je viens de la décrire ci-dessus, j'en ai fait l'expérience concrète lors de mes séjours à Lourdes.
C'est un constat. C'est la réalité de mon vécu.
Après avoir cherché tout un temps des explications plus ou moins rationnelles du pourquoi et du comment, avoir bâti des hypothèses qui n'avaient que pour objet une satisfaction mentale, j'en suis arrivé à revenir très modestement à la seule réalité. Le constat des choses telles qu'elles me furent données à vivre.

Pour autant demeure en moi un certain questionnement au regard de ce qu'il en est de mon aventure humaine dans cette dimension que j'ose qualifier de « spirituelle ».

Peut-être en poursuivant ce travail de mémoire, de retour sur mon expérience de vie, je tiendrai, un moment ou un autre, quelque éclaircissement. Ce n'est pas un objectif, c'est juste un point d'attention, de cette attention flottante nécessaire au jaillissement plus ou moins intuitif des nouveautés sur soi-même.

C'est donc sur cette terre pyrénéenne que j'ai reçu quelques intuitions fondatrices sur ce que j'avais à faire de ma vie, évidemment pas dans le détail, il ne s'agissait nullement d'un quelconque plan de carrière, mais sur la ligne de fond, les directions essentielles, les chemin ou diriger mes pas, sans savoir exactement ce qu'il en serait. Je pourrais utiliser l'image de la boussole du marin, le compas de navigation. Il faut mettre le cap vers l'ouest, mais on ne sait pas vers quelles terres on abordera.

9 commentaires:

  1. Je n'avais pas lu tes notes depuis près d'un mois sur ton Voyageur. J'ai aussi écrit des choses sur le mot "Dieu"; j'ai une approche différente de la tienne je crois : l'au-delà n'est pas pour moi.
    J'ai été interpellé par ce que tu écris sur la gamine, la petite Bernadette.. pourquoi elle? parce que nous ne naissons pas égaus devant l'intériorité. La sienne était si forte (et il s'agit pour moi d'aura énergétique) qu'elle a plié les uns après les autres les plénipotentiaires du curé, puis de l'évêque, et finalement du dieu cryogénisé en Italie.
    Ces êtres là existent. Ils sont tout prêt.

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  2. Je ne connais pratiquement pas Lourdes, j'ai simplement trouvé que si personne ne tombe malade après avoir été immergé dans cette eau plus que fraîche c'est déjà miraculeux...

    mais je me dis en te lisant que Bernadette s'est mise à 4 pattes pour gratter la terre et que l'eau a jailli et que c'est peut être ce que se passe ou s'est passé en toi. Tu as été collé au sol par cette maladie, mais cela n'a pas pu empêcher l'eau de jaillir pour toi (et grâce à toi) mais aussi pour les autres;

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  3. charlotte15 mars, 2012

    Je n'aimais pas mon école en quatrième primaire, j'aimais encore moins la récréation parce que dans cette nouvelle école, je n'avais pas d'amies... j'y étais donc malheureuse et souffrait de je ne sais quel trouble psychosomatique. Ma soeur aînée y était aussi mais en interne , en punition suite à ses mauvais résultats scolaires.Elle disposait donc d'une alcove avec son lit son armoire .
    Mes parents en accord avec la direction de l'établissement ont décidé que vu mon état! il serait bon que je fasse la sieste pendant l'heure de midi dans le lit inoccupé à cette heure de la soeur aînée.
    C'est là dans cet alcove, que je fis la connaissance à 9 ans de Bernadette Soubirou. Ma soeur avait une bande dessinée racontant la vie de la petite sainte. J'ai dévoré lu et relu vu et revu je ne sais combien de fois l'histoire et les images de Bernadette. J'étais bien avec elle... J'ai passé ainsi un an, de midi à une heure et demi sous la couette en compagnie de cette petite fille et puis de cette petite femme hors du commun. J'échappais à l'horrible récré sans amie et retrouvais la paix.
    L'année suivante, nous avons changé à nouveau d'école mais le problème ne s'est plus présenté: je me suis fait des amies.

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  4. le Voyageur16 mars, 2012

    Charlotte,
    merci beaucoup de relater cette expérience personnelle. Je suis frappé par la similitude concernant une période de solitude qui te rapprochait de Bernadette, comme il en fut pour moi au regard d'une même solitude.
    Je pense que Bernadette a vécu elle aussi dans une grande « solitude intérieure », ce qui ne veut pas dire sans relation…

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  5. le Voyageur16 mars, 2012

    Nat, L'itinérant,
    j'ai lu ce que tu écrit chez-toi À propos du mot Dieu. Je ne sais pas si notre approche et si différente. Car pour l'instant, je relate, comme je peux, mon histoire personnelle d'enfance et de jeune.
    D'autres choses viendront en son temps, Mais je ne veux pas occulter mon histoire et mon imprégnation pour ce qu'elle fut.

    Des Bernadette, oui, il y en a pleins autour de nous, au sens de cette force intérieure. Et chacun fait des miracles à sa façon.

    Merci d'être venu lire et commenter. J'attache du prix à tes commentaires.

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  6. le Voyageur16 mars, 2012

    Giboulée,
    merci infiniment pour ce commentaire.
    Il m'éclaire sur un point précis.
    je t'en dirai plus par mail.

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  7. Je me permets de partager ce petit bout de texte que j'ai écrit en 2012...
    Parce que vous parlez de Solitude. (ne veut pas dire sans relation en effet ^^)

    Je est un Homme de Solitude...

    Ô douce Solitude qui habite mon corps, partenaire fidèle où vibre mon trésor, tu t'éclaires face à moi comme une lueur fragile. Je m'élève sur un fil avec toi si agile ! Tu es à la Vie comme Amour est à mon cœur : la caresse, une envie, un toucher en douceur. Bien assis près de toi, j'émerveille mes idées, ces pensées qui vacillent et au bout qui s'éveillent. Tu m'offres des couleurs, j'en atteints l'Absolu où même l'inconnu n'est en rien défendu. Je te vis, je t'assume et te trouve en chaque Homme qui te fuit, qui te pleure et te tient responsable. Ô bien toi, la coupable qui désigne leur Malheur.

    July

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    1. Merci infiniment, July, pour ce très beau texte sur la solitude…
      Tu as décidément bien des talents…

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