Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

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" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck.

« Une force qui est, qui ne peut pas être seulement de nous, mais qui ne peut pas être sans nous. Cela c’est de Dieu. - Mais je ne sais absolument rien de Dieu je sais seulement qu’il y a quelque chose en moi qui monte. C’est une trace, un chemin, un parcours toujours nouveau. » - Marcel Légaut

dimanche 1 avril 2012

20 - L'expérience communautaire

Je recherche un groupe avec lequel vivre une expérience de vie communautaire au service de « quelque chose ». Je l'exprime plus ou moins clairement çà et là dans les endroits que je fréquente et qui demeurent plus ou moins proches d'une certaine mouvance chrétienne. C'est un choix, sans vraiment en être un. Un choix par défaut en quelque sorte. Ce que j'ai pu côtoyer d'autres, du côté des gauchistes, ou de quelques ultra, sans parler des maoïstes, m'apparaît encore bien pire, en termes d'endoctrinement, et de dialectiques plus ou moins fumeuses. Je me dis que les cathos ne sont pas forcément les pires… ! C'est dire si j'ai peine à trouver chaussure à mon pied…


Évoquant ça et là ma recherche, je suis mis en contact par une tierce personne avec un homme de mon âge qui « porte un projet », comme on disait alors. Il s'agissait d'animer une maison d'étudiants, tout en poursuivant chacun nos études. Lui et moi, nous ressentons une sorte connivence réciproque, et une compréhension quasi immédiate, dès les premiers moments de la rencontre. Il m'expose son projet, on en discute, on se voit plusieurs fois, il y a une douzaine de personnes intéressées. La communauté envisagée ne pourra en comporter que six. Qui va les choisir ? Lui. OK, il est l'initiateur du truc. La rentrée universitaire  est dans deux mois. Chacun part en vacances de son côté. On doit lui écrire pour telle date notre pourquoi du comment…

Nous serons six. Quatre mecs, deux nanas… Le projet est pour le temps de l'année universitaire. Aucun de nous ne fait les mêmes études. Le projet a une dimension spirituelle, humaniste, et de services. Il ne s'agit pas de refaire le monde en fumant des joints, mais d'allier des temps de réflexion, et des temps d'engagements concrets dans l'animation de la maison. (Depuis des groupes de discussions, jusqu'à quelques concerts, en passant par des activités culturelles, puisqu'il y a une sorte de petit théâtre). Et, accessoirement… D'aller suivre les cours en fac ou dans les écoles dont on relève.

Ce fut pour moi une année excessivement riche et marquante. Une véritable expérience de « vie fraternelle », avec ses moments intenses de générosité, d'engagement et de don de soi ; avec ses moments de tensions, d'empoignades et de déchirements à la mesure de nos jeunesses qui s'entrechoquaient ; avec ses moments de confrontation avec « l'extérieur », depuis l'accueil de jeunes en difficulté, jusqu'aux déboires avec quelques toxicos qui faisaient la route, mais faisaient aussi nos poches avant de s'enfuir…

. J'évoque ici cette expérience, en raison de la dimension spirituelle. Chacun-e de nous  était issu d'une tradition chrétienne. Nous avions tous abandonnés les pratiques d'une église traditionnelle qui commençait à partir en couille, mais nous faisions des partages d'Évangile qui avaient sans doute le mérite d'être d'une assez grande profondeur, et en tout cas pour moi eurent une dimension transformante au coeur même de l'action commune. On avait la prétention de croire que l'on ressemblait peut-être aux premières communautés fraternelles des premiers chrétiens. Avant que la religion ne foutent le bordel partout…!
On avait même trouvé un curé, plus ou moins en rupture de ban, à la fois fin lettré, militant communiste, et amoureux de Jésus-Christ ! C'est dire ! Il venait souper avec nous, à l'occasion, et au cours du repas, il consacrait un bout de baguette qu'on se partageait, et un verre de pinard, grand cru bouteille plastique, qui circulait entre nous. Il disait alors que question vin, Jésus-Christ aurait mérité mieux, et il référait aux noces de Cana… 
La première fois, je suis resté sur le cul. J'étais encore tellement imbibé de la sacralisation et des rites, que je me demandais si nous n'étions pas tous quelque peu sacrilèges… Ah ! J'en tenais encore une sacrée couche !
Et pourtant, le rite de la consécration, il en respectait totalement le déroulé, à la fois dans la lettre et dans l'esprit. Je ressentais alors, au milieu de ce que je pouvais appeler les miens, comme une Présence. Comme dans l'enfance. Comme s'il était là…

. J'évoque ici cette expérience, en raison aussi de ce que j'ai vécu comme une tentative manipulatrice de mainmise sur nous par la très Sainte Église Catholique qui ne manqua pas de revenir à la charge….
La maison des étudiants appartenait aux moines dominicains. À condition que nous ne fassions pas n'importe quoi, - ce qui, je l'affirme ne fut pas le cas - nous avions en quelque sorte carte blanche à l'intérieur de frontières qui avaient été définies. Mais, pour je ne sais plus trop quelle raison, ils revinrent à la charge, cherchant la mainmise sur notre petite aventure sous couvert, évidemment des meilleures intentions pastorales du monde…
Le combat fut rude, presque violent. Qu'importe qui avait tort ou raison, chacun avait forcément sa part de responsabilité. Mais cette volonté farouche de reprise en main, par des moines qui s'estimaient détenteurs de l'autorité suprême en toutes circonstances, je l'ai trouvée particulièrement lamentable, même si elle eut pour effet de nous souder les uns aux autres dans l'adversité…
Décidément, les démêlés avec la religion ne cesseraient jamais, sauf à rompre totalement avec tout, ce qui n'était pas encore pleinement décidé pour moi.

La communauté cessa à l'échéance prévue. Nous n'avions pas l'esprit anciens combattants qui se réuniraient pour parler du bon vieux temps… Chacun alla sa vie. Mais F. (L'initiateur de la communauté) et moi nous étions liés d'amitié profonde. Plus tard, il sera le parrain de ma deuxième fille. Plus tard encore, il décédera de ce que l'on appelle une longue maladie, laissant une femme et trois enfants…

Pour clore ce chapitre, il me vient de donner une précision, peut-être inutile : nous étions jeunes, garçons et filles, mais il n'y eut aucune aventure sentimentale entre nous, ni quoi que ce soit du genre. De fait, chacun avait sa vie amoureuse ailleurs… La mienne notamment. J'avais rencontré celle qui partage encore mes jours…

4 commentaires:

  1. Bonjour,
    ah, la jeunesse adulte... Belle expérience.
    Je n'ai pas cette expérience de communauté spirituelle, ayant très vite été accouplé. Plutôt une expérience politique de combat à la fin des années 80, au moment où tout bascule; souvenirs chauds, parfois violents, culture de la résistance aussi qui fait les Hommes - ce que je lis dans ton billet.
    Je me dis en te lisant qu'on peut réfléchir en fumant des joints... :))

    pour la publication : "de nous souder les uns aux autres".

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  2. communauté, communion, communisme ?

    J'ai connu une vie communautaire (en pointillée) quand nous montions une pièce de Théâtre. Répéter Tartuffe pendant 2 ans avec les mêmes gens : c'est pas rien ! sauf que c'est juste dans le temps du théâtre, ça ne veut pas dire que dans la vie, nous puissions être amis..

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  3. J'adore la petite anecdote de fin... Pourquoi avoir eu besoin de le préciser ?
    En même temps pourquoi pas !
    Faut avouer que l'humain à cette facheuse tendance à tout imaginer... La pensée ne se contrôle pas n'est-ce pas ? Alors oui, je me suis dis... au Deux filles pour 4 garçons... va-t-il y avoir problème entre eux... :-)

    Un peu ce truc quasi automatique quand on rencontre un homme un peu efféminé et on se dit... "est-il gay ?"


    Enfin, maintenant que tu parles aussi des moines...

    Être religieux, croyant... ne signifie en effet pas être un "saint"... car avant toute chose... on est humain... et l'humain ressent le désir de pouvoir, de possession... Caché derrière la religion, ils en deviennent "monstrueux", manipulateurs...
    Le dépouillement, c'est encore pour plus tard !!!

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    1. Tu as raison finalement… mon dernier paragraphe est inutile !
      Quant aux volontés de domination… les petits jeunots que nous étions ont dû faire face au Grand Méchant Loup Chrétien !!
      On en est quand même sorti vivants…
      ;-))

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