Tentative éphémère et provisoire, à partir de ma seule petite expérience de vie,

de relater « la question de l'Homme » sous l'angle de « la spiritualité »,

telle qu'elle n'a cessé de voyager en moi de l'aube jusqu'au couchant

-------


" Les gens sont comme des vitraux. Ils brillent tant qu'il fait soleil, mais, quand vient l'obscurité, leur beauté n'apparaît que s'ils sont illuminés de l'intérieur." — Elisabeth Kubler-Ross

"« De même qu'il y a un objet matériel derrière chaque sensation, de même y a-t-il une réalité métaphysique derrière tout ce que l'expérience humaine nous propose comme réel. » - Max Planck.

« Une force qui est, qui ne peut pas être seulement de nous, mais qui ne peut pas être sans nous. Cela c’est de Dieu. - Mais je ne sais absolument rien de Dieu je sais seulement qu’il y a quelque chose en moi qui monte. C’est une trace, un chemin, un parcours toujours nouveau. » - Marcel Légaut

vendredi 20 avril 2012

27 - Le revirement d'une parole intérieure


— Le contexte à la fin des années 80/début 90


L'engagement professionnel dans lequel je suis à la fin des années 80 : il me semble que j'en ai fait le tour. Je n'ai plus grand-chose à faire là. Je m'installe dans une routine. Je suis désormais « le chef ». Ma principale adjointe, jeune femme prometteuse et intelligente, personne fort compétente et en laquelle j'ai confiance, se verrait bien Calife à la place du Calife. Elle se réjouit des terrains de délégation de plus en plus vastes que je lui accorde. Cela lui convient. Moi aussi : j'ai du temps disponible pour préparer une reconversion professionnelle.
J'entre alors dans un processus de formation assez intensif auquel je consacre tous mes temps de congé, et plus encore. Je veux une vraie liberté. Exercer en libéral, valoriser mon expérience professionnelle dans le monde du travail et des relations sociales, y adjoindre de nouvelles compétences dans le domaine des sciences humaines, psychologiques et sociologiques, et aussi tout mon « bagage personnel » de tant d'années de recherche sur moi-même, sur l'homme, sur l'humain en général.


Un « événement intérieur »

C'est un jour de printemps. Quelque part en campagne, dans la France profonde. Je suis seul. Il y a une sorte de banc de pierre au sommet d'une petite colline qui donne une vue agréable sur les terres de culture. Je m'assieds sur ce banc, pour goûter cette douceur printanière, contempler les cultures quasiment à perte de vue, laisser tourner mon esprit en roue libre. Je n'ai pas de préoccupation particulière à cet instant-là. Je goûte une sorte de présence à moi-même plutôt bienfaisante. Un léger bonheur de vivre très ordinaire. La nature. Le chant des oiseaux. Là-bas au loin, la rumeur d'un engin agricole. Les hommes au travail.

Et puis tout à coup une phrase, qui se prononce distinctement au fond de moi, sans que je m'y attende. Une phrase que je n'ai pas pu inventer. Une phrase qui n'est pas de moi, mais qui se dit en moi. Elle comporte exactement 17 mots. (*) Aussitôt, elle me met dans une intensité de présence, une dilatation intérieure encore inconnue, un sentiment de plénitude, une certitude majeure infaillible et inébranlable que je viens de recevoir une clé, un axe, une force, un sens pour ma vie, désormais.

En un instant : tout est changé, et rien n'est changé.

Je ne sais pas combien de temps je suis resté sur ce banc de pierre, à goûter à l'intérieur les résonances de cette phrase. Ce fut à la fois intense et très ordinaire. En regagnant ma voiture, garée une centaine de mètres plus loin, j'ai ressenti comme un léger vertige, comme une griserie. Sur la route du retour je me suis mis à fredonner tout seul dans la voiture, Je ne sais plus trop quelles chansons. Mais tout cela avait le goût du bonheur.
— Conséquences
Au début des années 90, je quitte le service de l'État. Ma principale adjointe ne s'en réjouit pas plus que ça… Puisqu'elle fait pareil que moi. Elle s'en va pour devenir avocate. À chacun sa profession libérale…

Je rejoins alors un groupe de professionnels. Nous nous rassemblons autour de valeurs communes sur le sens de l'homme, l'avancée de l'humanité, la recherche ensemble de moyens pédagogiques à mettre au service de nos « clients », pour améliorer la relation à soi, la relation à l'autre, les relations sociales dans le monde associatif, médical et/ou professionnel.
Ce sont des gens à forte personnalité. Cela crée des liens forts, tout autant que des tensions fortes, à la mesure de nos enjeux et de nos « croyances ». Ce sera sans doute le groupe professionnel et d'engagement qui me tiendra le plus à coeur. Sans lui, sans la solidarité que nous vivrons, je ne crois pas que j'aurais réussi.

La question de Dieu, de la transcendance, les chemins de rencontre du divin, si divins il y a, les aspirations profondes des hommes en ce domaine, tout cela n'est pas exclu de nos travaux, au contraire. Mais le groupe ne se reconnaît pas d'appartenance directe à une quelconque religion. Il y a des personnes d'origine catho, protestante et même musulmane, tandis que d'autres ont été éduqués en dehors de toute religion. On pourrait dire que notre croyance commune c'est l'Homme et son développement.



———
(*) Cette phrase je ne l'ai jamais écrite nulle part. Je ne l'ai jamais dite à personne. Elle n'a cependant rien d'inintelligible, elle est, en soi, compréhensible par quiconque. Elle se compose d'une affirmation qui m'est faites, et de quatre impératifs qui me sont adressés, non pas comme des ordres, mais un peu comme des appels à la fois surprenants mais qui me correspondent. L'un de ces impératifs mettra plusieurs années avant que je n'en comprenne le sens.

————

7 commentaires:

  1. Question: Peut on considérer ce moment comme une "naissance" ou une renaissance?

    Un peu comme si tout ce que tu as vécu avant se cristallisait dans cet instant, mais prenait une autre direction.

    Je te remercie de nous avoir rapporté cela.

    RépondreSupprimer
  2. le Voyageur23 avril, 2012

    Giboulée,
    ta deuxième phrase me convient très bien. Elle est très juste. Je ressens les choses comme cela.

    Naissance ? Renaissance ?
    Il y a de cela bien sûr. Je me méfie un petit peu du risque d'une formule quelque peu usée…
    Peut-être pourrais-je parler d'une sorte de parole fécondante.

    RépondreSupprimer
  3. Tout à fait d'accord pour "fécondante";

    RépondreSupprimer
  4. Depuis la lecture de ce texte, je tente de me remémorer les paroles fécondantes que j'ai reçues...

    RépondreSupprimer
  5. .. Cette lumière qui jaillit ainsi reste-t-elle présente dans la conscience dans toutes les occasions. est-ce qu'elle ne s'assombrit pas quelques fois au contact du monde ou dans les difficultés ?

    Je pense à la parabole du semeur. une graine ne donne pas toujours des fruits . cela dépend dans quelle terre elle est planté....

    ...

    cette terre ce serait la solidarité... d'après ton expérience : Se réunir autour de valeur commune, travailler ensemble, regarder dans la même direction.
    c'est tellement rare, je dirais exceptionnel de pouvoir s'engager dans une communauté, sans renoncer à ses valeurs, son âme, son être intime..non ?

    La somme des intérêts particuliers sont sensés, dans le système libéral, conduire au bonheur de tous et si c'était l'inverse : si l’intérêt général bien compris était seul capable de conduire au bonheur individuel...

    ouh là là ... j'ai fait long :)

    :) bonne journée

    RépondreSupprimer
  6. le Voyageur30 avril, 2012

    Charlotte,
    "Normalement" ce retour de mémoire devrait te faire du bien !....

    RépondreSupprimer
  7. le Voyageur30 avril, 2012

    K,
    C'est une lumière Et c'est une force intérieure. parfois on ne la voit pas, ou on ne la ressent plus, pour diverses raisons, notamment les difficultés de la vie, le constat (ou même la souffrance) d'un monde tel qu'il est ou tel qu'on nous le donne à voir.
    C'est alors que l'engagement à plusieurs est une chance, en particulier par le soutien mutuel, à condition d'avoir tissé des liens « identitaires ».
    Dans le langage courant on dirait : qui se ressemble s'assemble. Il y a un peu de cela. Ce n'est pas qu'on se remonte le moral, c'est surtout que l'on renoue avec le sens profond de l'engagement, sa raison d'être, sa finalité.
    On ne renonce pas à ses valeurs, ce qui ne signifie pas qu'il n'y a pas de nécessaires adaptations individuelles. Elles sont « tolérables », tant qu'on ne renie pas l'essentiel de soi. si cela devait advenir : c'est clair, il faut partir.

    Je ne sais pas si c'est rare. En tout cas je l'ai vécu. Je le vis encore, Même si c'est sous d'autres manières. sans doute faut-il qu'un « autre chose » nous relie et nous unisse, que seulement des bienfaisances relationnelles, ou des satisfactions intellectuelles.
    Un « autre chose » qui engage fondamentalement. L'essentiel est une action à mener, voire une mission à accomplir.

    J'ai dit souvent, je le répète, cela n'enlève rien aux difficultés, aux tensions de groupe, aux crises, etc.
    -----
    Le système libéral, ne conduit pas au bonheur de tous, puisqu'il se fonde sur la concurrence sans fin des uns envers les autres. il faut être le meilleur. Et tout le monde ne peut pas l'être… Le système tend forcément à l'élimination du faible. la soi-disant « main invisible régulatrice » est un leurre absolu. Il faut donc des systèmes de régulation et de redistribution au nom justement de l'intérêt général, c'est à mon sens un des rôles de l'État.
    En France, actuellement, nous sommes loin du compte…

    RépondreSupprimer

Si vous avez des difficultés à poster un commentaire ou si celui-ci n'apparaît pas, vous pouvez me l'adresser à : alainxenreve (at) yahoo.fr
Merci.
Je le publierai en votre nom.